Wednesday, 20 April 1881
Thursday, 21 April 1881
Rêvé de Soutzo, pas agréable.
Les imbéciles riront parce que avec mes idées je suis tuée de n'avoir pas d'invitation chez la Reine.
Je leur ferais observer que ce n'est pas amusant, les de Lesseps, Mme Adam, les pharmaciens Krishaber, à présent c'est l'innocente Isabelle. Maman est allée chez les Miranda et il a dit que ce n'est qu'une ommission et qu'il apporterait l'invitation.
Maman a je ne sais à propos de quoi fait connaissance du comte Kapnist, conseiller de l'ambassade de Russie et chaque fois à l'église ils se saluent, l'autre dimanche elle lui a présenté son mari qui a déposé sa carte chez Kapnist et aujourd'hui Kapnist a déposé les siennes. Et puis ce matin à l'église (c'est notre semaine sainte) Orloff s'est approché de mon père, lui a serré la main en disant qu'il est très heureux de le voir et qu'il l'a déjà rencontré à Bruxelles. Mon père n'y a jamais été et je crois que le prince l'a pris pour un autre, mais maman assure qu'il a d'abord demandé quelque chose à Kapnist.
Mais maman adore inventer des petites choses agréables et elle finit par y croire elle-même. Rien de bête comme d'arranger des choses à son usage particulier et à celui de ses proches, tout le monde sait que c'est des mensonges, quel plaisir de se tromper soi-même ! Enfin.
Ce soir je commets un péché grave, je vais à l'église écouter les évangiles de la Passion, et ça pour me montrer en robe noire très collante, sans chapeau, des boucles dans le dos et le visage éclairé par un cierge. Vous ne vous imaginez pas comme cela avantage les vieilles et les laides même paraissent plus fraîches et ont de beaux yeux.