Sunday, 1 August 1880
Dimanche 1er aout 1880
Une pluie torrentielle ! J'en profite pour faire un coin de boutique du menuisier artiste, sur une toile de six. Je m'y fais porter et reporter en chaise, c'est l'usage ici.
Pour aller au bain et a l'aspiration, il y a un costume special et general. Des pantalons a pieds en flanelle et un manteau idem avec capuchon rond pour les dames, pointu pour les hommes, le mien est pointu, c'est plus monacal et comme je le mets souvent chez moi, ce manteau, j'ai l'air d'un dominicain et comme cela me plait, j'en fait mon peignoir matin et soir quand il fait froid. Mais tout cela ne vaudrait pas la peine d'etre mentionne si les habits de moine ne me portaient malheur. Vous savez, quand il vous arrive toujours des ennuis et des chagrins on devient superstitieux comme un joueur. Le jour ou Cassagnac me demanda de mettre mon froc, je courus dans ma chambre, ne songeant qu'a paraitre fraiche et rose sous le capuchon de bure marron, mais, au moment de le mettre, j'hesitais et me dis sans oser rien m'avouer: Si cela allait tout detruire ? Mais j'ajoutai aussitot que c'etait idiot et affreusement genant ces supersitions et qu'il fallait m'en defaire. Je mis le froc et s'il n'est pas prouve que ce fut lui qui detruisit tout, l'impression n'en a pas ete moins odieuse. Je cherche ce qui pourrait bien m'arriver maintenant. Je n'ai rien entrain et il n'y a personne. Soutzo, je m'en suis moquee comme d'un imbecile qu'il est par consequent.
Vous savez, oh mon Dieu, ce que j'en pense. S'il se tournait ailleurs, je n'aurai pas le droit de me plaindre. Cela me contrarierait assurement beaucoup, mais, enfin, ce n'est pas un de ces malheurs que je redoute...
J'ai envoye a Julian un dessin en silhouette de notre promenade a Belleville.