Sunday, 9 May 1880
Hier, du monde jusqu'à huit heures, à huit heures dîner avec Soutzo et puis au cirque - le Sonnet.
La princesse Karageorgevitch et ses fils de trois rangs plus bas que nous.
Je ne les ai pas regardés mais ma tante et Dina disent qu'ils nous ont regardés d'un air insolent. C'est-à-dire la mère et Bojidar, pas Alexis. Soutzo nous accompagnait voilà qui va faire jaser cette bonne famille de Princes.
A la sortie MM. de Castex, Molins et... Blanc qui a l'air malheureux sous sa gaieté feinte, il dit que rien ne va, ni entreprises de charbon en Suisse ni rien et qu'il faut tout lâcher et venir faire des piquets avec ma tante. Je rentre [Mots noircis: morose, il y a grand] bal chez les Bamberger, [Mot noirci: Soutzo] y va. Soutzo est au courant comme tout le monde de notre médiocre situation ici. Bien entendu il n'en a jamais rien dit mais il doit savoir pourquoi les Krishaber ne viennent plus.
Du reste... je reviens de chez les Gavini que j'ai trouvé à déjeuner. Entre autre ils me demandent pourquoi nous sommes brouillés avec les Karageorgevitch, moi je dis la vérité. Depuis notre bal et l'histoire de Berthe ou Alexis a pris part au point de passer la nuit à courir concilier tout... du reste la Princesse est toquée et de plus pas élevée du tout.
En parlant de Berthe on parle naturellement tours et fumisteries et Gavini me demande ce que c'est que ces voitures de déménagement envoyées au Palais de la Présidence chez Arnaud de l'Ariège. On le lui a raconté à la chambre. Moi je jure très sincèrement que je n'en sais rien et trouve la farce amusante, je regrette de ne pas en être l'auteur. Alors on me fait un petit discours paternel et maternel sur le danger de ces plaisanteries, vous êtes jolie, élégante, vous êtes en vue, la moindre des choses de vous est remarquée. Il faut être tranquille, plus de ces tours, c'est d'un effet déplorable ! Vous savez, vous ne savez peut-être pas combien nous vous aimons. Soyez prudente et vous verrez que la situation changera complètement, il faut que vous ayez une situation à Paris mais je vous en prie ma chère amie, ma chère enfant (et Denis m'a baisé la main, soyez prudente. Et des variations là-dessus, je suis comme leur fille etc. etc.) Je sais qu'ils m'aiment et je les aime aussi. Ce sont de vrais, de bons amis et de braves gens. Mais tout cela me fait mal, je ne suis pas heureuse, il faut sortir de là. Maman dit qu'il n'y aura jamais "situation" sans mariage et je réponds: jamais mariage sans situation car jamais ou presque jamais je n'épouserai un bonhomme à la recherche d'un million de dot. Tout cela est triste.
J'ai été au Louvre ce matin, il y avait trop de monde, au Salon, je n'ai fait qu'entrer et sortir. Au Louvre calme plat, j'ai cherché et n'ai pas trouvé des Perugin. Il y a la peinture mais c'est long et pénible. Il y a aussi la mort, mais il sera toujours temps.