Sunday, 21 March 1880
Dimanche 21 mars 1880
J'ai écrit un tas de mots et de lettres hier, à Enault, à Andrieux, à Blanc et à des artistes, à Saint Marceaux, à M. de Caillas, Beaumetz, Julian, Tony. Il fallait annoncer ou expliquer ou remercier.
On m'a dérangée aujourd'hui. Les Mouzay, la famille; Kiki est venu mais il n'est resté que deux heures et s'est tenu tranquille.
Puis Tchoumakoff qui donne des conseils et enfin Saint Marceaux qui me donne aussi des conseils.
Il me plaît assez mais il me laisse un sentiment de malaise. Il a l'air absent, il marche vite, parle vite. Un paquet de nerfs. Je suis comme cela moi mais il me laisse tout de même un sentiment de malaise bien qu'il m'ait dit du bien de ma peinture. Seulement voilà, quand on me dit rien je suis mécontente et quand on dit du bien, il me semble qu'on me traite en petite fille et qu'on se moque de moi. Enfin ce soir je ne suis pas si entrain que hier. C'est parce que le bras droit est trop long à force de remanier les épaules et la tête, il y a cinq centimères de trop et moi le dessinateur sévère je suis humiliée devant un sculpteur comme Saint Marceaux.
Soutzo a fait venir des sucreries de Bucarest. Mais conçoit- on ce garçon ! Je me moque de lui et le voilà qui voudrait reprendre tout ce qu'il a dit.
Hier en parlant de Courtès je lui ai dit: cet idiot de Courtès n'a pas besoin de me dire que vous êtes amoureux de moi, de quoi se mêle t-il ? Alors il me dit qu'en effet Courtès est idiot de le dire et qui l'a entendu dire par d'autres. Et que cela lui est même désagréable.
Qu'est-ce que ça vous fait ?
Ça me fait que cela peut faire du tort à une jeune fille.
A moi ?
A vous.
Et comment ?
Mais ne voyant pas que cela finit par un mariage et voyant le monsieur ne pas rompre ses relations avec la famille, ce qu'il fait quand on refuse, que dit-on ? cela n'est pas convenable.
Il ajoute que connaissant mes théories, il savait d'avance ne pas réussir. "Je suis venu dans votre maison sachant à quoi m'en tenir".