Wednesday, 31 December 1879
Mercredi 31 décembre 1879
Je dois couver une maladie ou bien c'est cette odieuse plaisanterie de Berthe qui me tue. Je suis énervée que je pleurerai pour rien. Nous sommes allées au magasin du Louvre en sortant de l'atelier. Il faudrait Zola pour décrire cette foule agaçante, affairée, dégoûtante, courant, se poussant, les nez en avant, ces yeux chercheurs, je me sentais défaillir de chaleur et d'énervement. Enfin, à la maison je trouve ma chère mère avec des dépêches du cher Georges... C'est ça qui me prend à la gorge, au cœur, à la tête ! Vous ne savez pas combien je suis malheureuse avec ces gens qui font tout ce qu'ils peuvent pour faire tout crouler... Et c'est peut-être avec de bonnes intentions. J'ai eu la bêtise de dire que Géry est mieux que les autres et on commence déjà à le combler de prévenances de manière à lui donner Dieu sait quelles idées et le dégoûter d'ici.
Je ne crois pas encore avoir été sous le coup d'une accusation comme celle de la lettre à Arnaud. C'est lourd à porter et c'est dur d'attendre si longtemps pour se justifier. Et si je demandais qu'on me le présente, [et] s'il disait non ou si simplement je ne pouvais sur le moment m'expliquer... ce serait encore aggraver toutes ces vilenies.
Maman envoie à la belle Alexandrine Pachtenko (Dieu me pardonne) une lettre simple et convenable et voici celle que j'écris, moi sur un papier blanc [Mots noircis: uni avec] une petite M. surmontée d'une couronne en or :
Chère mademoiselle,
Mon frère vous apportera le consentement de maman. Moi, je fais des vœux pour votre bonheur et j'espère que vous rendrez notre cher Paul aussi heureux qu'il mérite de l'être. En attendant de vous voir parmi nous, je vous embrasse cordialement..
Marie Bashkirseff
Que puis-je dire d'autre. Paul taillé en hercule et beau garçon, pourrait faire un meilleur mariage, il fait celui-là je l'accepte... à cause de la jeune fille.
Quelle triste fin d'année, je crois que je me coucherai à onze heures pour dormir à minuit au lieu de m'ennuyer à faire la bonne aventure.
Berthe m'envoie une jaquette sans manches, ce velours noir brodé d'or pour les modèles d'atelier. Mme Gavini un vase à Dina et un chevalet pour moi. (On lui a donné un éventail en plumes et un mouchoir de dentelles). Wodzinski deux beaux bouquets de lilas.