Diary of Marie Bashkirtseff

We celebrated Carnival all day long. We were completely disguised, and I amused myself greatly accosting everyone during the two hours of the carriage parade.

Nous avons fêté toute la journée Carnaval. Nous étions entièrement déguisés et je me suis beaucoup amusée à interpeller tout le monde, pendant les deux heures qu'a duré le défilé en voitures.

The funniest thing was to address English invalids as "Arthur" or "Ernest" and tell them: "Your wife is cheating on you." Or to cry at strangers that I am Ernestine, that they are perfidious, and that I shall have my revenge. All of that is familiar, silly if one likes — but when one is in the spirit one can produce rather amusing situations and snatches of dialogue. Paul is very dear; he talks nonsense to everyone in the street.

Le plus drôle c'était d'appeler Arthur ou Ernest des Anglais venus ici pour leur santé et de leur dire que: Ta femme te trompe. Ou de crier à des inconnus que je suis Ernestine, qu'ils sont des perfides et que je me vengerai. Tout ça est connu, bête, si l'on veut mais quand on est en train on peut amener des situations et des bouts de dialogues assez drôles. Paul est très gentil, il dit des bêtises à tout le monde dans la rue.

The day before yesterday we took into our carriage a Russian entirely unknown to us and stunned him for half an hour. In the midst of the festivities Paul leaves us and creates an amusing incident — here it is, as told by the hero himself. Madame Tutcheff, Mademoiselle and Monsieur Eristoff are at the grandstand. Paul goes to find them and takes his place behind them; then as they were preparing to leave he blocks the prince's path. The prince politely begs him to let the ladies pass — and as the green domino paid no heed to the request, he said to him, laughing:

Avant-hier nous avons pris dans notre voiture un Russe totalement inconnu et nous l'avons abassourdi pendant une demi-heure. Au milieu de la fête Paul nous quitte et créé un incident amusant, le voici d'après les paroles du héros. Mme Tutcheff, Mlle et M. Eristoff sont à la tribune. Paul va les trouver et se place derrière eux puis comme ils s'apprêtaient à partir il barre le passage au prince qui le prie poliment de laisser passer ces dames et comme le domino vert ne tenait pas compte de la prière il lui dit en riant:

— Come now, mask, let us pass.

- Allons, masque, laisse-nous passer.

— No, replied the domino, no I shall not let you pass. And he removed his mask.

- Non, répond le domino, non je ne vous laisserai pas passer. Et il ôte son masque.

Tableau

Tableau

— My dear Monsieur, I am very glad to meet you. It is two years that I have been looking for you — but you hide yourself like the coward you are.

- Mon cher Monsieur, je suis bien aise de vous rencontrer. Voilà deux ans que je vous cherche mais vous vous cachez comme un lâche que vous êtes.

— But Monsieur, but Monsieur — what do you want with me, what have you against me? We parted as good friends at Gavronzi — speak Russian, I beg you — he added in Russian.

- Mais Monsieur, mais Monsieur que me voulez-vous, qu'avez-vous contre moi ? Nous nous sommes quittés bons amis à Gavronzi, parlez russe je vous prie - ajouta-t-il en russe.

The procession went on foot — we did not go, in any case; we admired the fireworks from the grandstand. These good, these excellent Niçois. Having grown up among them, I love them! I detest the people of the North. I spoke to everyone — to common folk — and all responded well. Not one impertinence, not one platitude. At last, when everything was over and the Poor Carnival burned, we had tea at Rumpelmayer's, and to continue the running joke of the day each of us asked the serving girl every time she passed whether Monsieur Gautier had arrived. That came to a good twenty-five times in all.

Le corso se faisait à pied, d'ailleurs nous n'y sommes pas allés, nous avons admiré le feu d'artifice de la tribune. Ces bons, ces excellents Niçois. Grandie parmi eux, je les aime ! Je déteste les gens du Nord. J'ai parlé à tout le monde, aux gens du peuple et tous ont bien répondu. Pas une impertinence, pas une platitude. Enfin comme tout était fini et le *Pauvre Carnaval* brûlé nous avons pris du thé chez Rumpelmayer et pour continuer les scies de la journée chacun de nous a demandé à la demoiselle de service chaque fois qu'elle passait si M. Gautier n'était pas arrivé. Ça a bien fait vingt-cinq fois en tout.