Wednesday, 5 February 1879
Voilà. Nous avons été à Versailles. Le premier jour de la présidence Gambetta. Son discours qu'il a lu a été accueilli avec enthousiasme et fût-il encore plus mauvais qu'il le serait de même. Gambetta a mal lu et d'une voix détestable. Il n'a aucune mesure comme président et quand on a vu Grévy on se demande ce que cet homme vient faire. Pour présider une chambre il ne suffit pas d'avoir du talent, il faut un tempérament spécial. Grévy présidait avec une régularité et une précision mécaniques. [Mots noircis: Le premier mot] de sa phrase était semblable au dernier. Gambetta a des crescendo, des ralentissements, des élargissements et des rétrécissements; des mouvements de tête, des hauts et des bas... quand il se rappelle qu'il faut se contenir... Bref ou il a fait une incohérence ou il est bien, bien malin.
Nous avons voyagé avec Rouher, fort aimable; seulement comme il n'y avait pas de place nous sommes montés en seconde. Avec Rouher il arrive toujours quelque chose.
Seulement voilà, je suis revenue et je ne sais vraiment pour...
[En travers: Gavini était avec nous et en route j'ai écouté des anecdotes de l'Assemblée de 1849-51.]
Personne ne me tirera donc de ce désert ! Dieu n'entend donc pas ! Est-il possible que je pourrisse dans cette solitude, dans cet abandon !
Et mes parents restent tranquilles. Moi je n'en peux plus. Vous ne savez pas ce que c'est que la peur humiliante de se voir vieillir dans un désert ! C'est quelque chose de hideux.
Oh ! ce n'est pas pour moi, je vous le jure bien, sur la tête de Grévy si vous voulez. Mais ce sont les autres qui se demandent: eh bien Mademoiselle une telle, que devient-elle ? On m'a trop vue au théâtre, dans la rue et aux courses de treize à dix-sept ans à Nice et puis en Italie. Depuis que je suis dans la retraite on doit me croire vieille.