Saturday, 12 October 1878
Saturday, 12 October 1878
Il y a des gens qui pensent que parce que c'est maman ce n'est rien et qu'on ne lui doit pas la vulgaire politesse qu'on a pour une personne étrangère.
Pourquoi craignez-vous de contrarier votre père et n'avez-vous aucun souci d'offenser votre mère qui vous a eu pendant quatorze ans sur les bras... Parce que votre repos de chaque jour ne dépend pas d'elle, parce que votre père, vous dirait des grossièretés et des méchancetés et parce que votre mère ne vous dira rien, elle étant à Paris et vous à Poltava ? En vérité si ce ne sont que des pressions de ce genre que subissent votre esprit et votre cœur je vous plains. Pour un caprice vous négligez des appels qui auraient fait accourir un autre trop heureux de voir que sa mère l'aime et désire le voir.
Mon académie a été trouvée très bien, très bien, très bien.
- Ah ! vous êtes bien organisée vous, et si vous travaillez vous ferez ce que vous voudrez.
Je suis blasée sur les louanges, (je dis blasée pour la forme), et la preuve que Robert-Fleury ne ment pas c'est qu'on m'envie de tous côtés. Et c'est bête... mais cela me fait de la peine. Il faut qu'l y ait quelque chose pour qu'on me dise de telles choses chaque fois, un homme aussi sérieux et consciencieux que Robert-Fleury. Quant à Julian il dit que si je savais tout ce qu'on dit de moi cela me tournerait la tête.
- Cela vous griserait Mlle Marie, dit la bonne.
Je crains toujours que ceux qui me liront ne pensent qu'on me flatte parce que je suis riche. Cela ne fait rien, je ne paye pas plus que les autres et les autres ont des protections, des amitiés, des parentés avec les professeurs. D'ailleurs à l'heure où vous me lirez il n'y aura plus de doutes sur ce que je vaudrai. Ah ! il faut bien que je sois compensée de ce côté !
C'est bon de voir le respect qu'on vous accorde pour votre mérite personnel.