Diary of Marie Bashkirtseff

I shall say nothing in reply to this new letter from Multedo.

Je ne répondrai rien à cette nouvelle lettre de Multedo.

Mont-de-Marsan, 5 August 1878. Mademoiselle, I solicit of your goodness a favour I hope you will not refuse me. A refusal, silence, would be too severe. Would you remind me of the family name of your kind and charming cousin, Mademoiselle Dina? I have absolute need to write to her, and dare not do so by mangling her name.

Mont de Marsan 5 août 1878 Mademoiselle, Je sollicite de votre bonté une faveur que vous me refuserez pas, j'espère. Un refus, le silence seraient trop rigoureux. Voudriez vous me rappeler le nom de famille de votre bonne et charmante cousine. Mademoiselle Dina ? J'ai absolument besoin de lui écrire, et je n'ose le faire en écorchant son nom.

If you would do me the great honour of adding to the information I request a few words to tell me how long you remain at Soden — which is however most interesting, for I fear writing after your departure and having my letters languish there uncollected.

*Si vous vouliez me faire un grand honneur, vous ajouteriez à l'indication que je vous demande quelques mots pour me dire combien de temps vous restez encore à Soden. C'est cependant extrêmement intéressant, car je crains de vous écrire après votre départ et que mes lettres n'y restent en souffrance.*

I dare not hope you will be so good as to let me know whether you are benefiting from the treatment you are following — a matter of great interest to me — and whether you deign not to forget altogether the most humble and fervent of your admirers, the most devoted of your friends.

*Je n'ose espérer que vous vous montriez bonne jusqu'au au point de me faire savoir si vous vous trouvez bien du traitement que vous suivez, ce qui est d'un grand intérêt pour moi, et si vous daignez ne pas oublier tout-à-fait l'admirateur le plus humble et le plus fervent, l'ami le plus dévoué que vous ayez.*

I lay at your feet my deepest sentiments of respectful devotion. A. MULTEDO.

*Je mets à vos pieds mes profonds sentiments de respectueux dévouement. A. MULTEDO*

Our Russians amuse themselves by sending me photographs, anonymously. Yesterday it was a candle and a butterfly with the legend: Take care. Today a goose with these words: Portrait of one I love. I believe it is the Coubés who are very kind and will serve me in Petersburg — if Madame Coubé does not die. This poor little woman is barely twenty and already has two babies. I believe her consumptive... otherwise she has a charming type... Superb fair hair, very fair; green eyes and lashes as fair as the hair. The complexion of a redhead and that air of extreme gentleness beneath which firmness conceals itself — not to say another word — of women with white eyelashes. No body to speak of, tall, supple... a nose almost aquiline but softened; and in her bearing an abandon, a languor, a sickly suppleness that makes one think of medieval virgins, or of some old portrait of a young girl in a riding habit with a felt hat, its plumes floating and drooping — like everything about her.

Nos Russes s'amusent à m'envoyer des photographies, incognito. Hier c'était une bougie et un papillon avec cette légende: Prenez garde. Aujourd'hui une oie avec ces mots: le Portrait de celui que j'aime. Ce sont je crois les Coubé qui sont très gentils et qui me serviront à Pétersbourg si Mme Coubé ne meurt pas. Cette pauvre petite femme a vingt ans à peine et déjà deux bébés. Je la crois phitisique... autrement elle a un type charmant... De superbes cheveux blonds, très blonds; des yeux verts et des cils aussi blonds que les cheveux. Le teint d'une rousse et cet air de douceur extrême sous lequel se cache la fermeté pour ne pas dire un autre mot, des femmes aux cils blancs. Pas de corps, grande souple... un nez presque aquilin mais adouci; et dans sa tournure un abandon, une mollesse, une souplesse maladive qui fait penser aux vierges du Moyen-Âge ou bien à quelque vieux portrait de jeune fille en habit de cheval avec un feutre à plumes flottantes et tombantes comme toute la personne.

My God, let me go to Rome. If you knew, my God, how I long for it! My God, be too good to your unworthy creature — my God, let me go to Rome... It is no doubt impossible... for that would be to be happy!

Mon Dieu, faites que j'aille à Rome. Si vous saviez mon Dieu comme j'en ai envie ! Mon Dieu soyez trop bon pour votre créature indigne, mon Dieu faites que j'aille à Rome... C'est impossible sans doute... car ce serait être heureuse !

It is not Livy who sets my head spinning — my old friend has been neglected for several days on account of the Gans... no, but the mere memory of the Campagna, the Piazza del Popolo, the Pincio, and the Dome at sunset... and that divine, that adorable morning twilight when the sun rises and one gradually distinguishes...

Ce n'est pas Tite-Live qui me monte la tête, car mon vieil ami est négligé depuis plusieurs jours à cause des Gans... non, mais rien que le souvenir de la campagne, de la place du peuple, du Pincio et de la Coupole au soleil couchant... et ce divin, cet adorable crépuscule du matin quand le soleil se lève et quand on distingue peu à peu...

What a void everywhere else! And what holy emotion at the memory of that miraculous, bewitching city... I believe I am not alone in this and that it inspires in everyone inexplicable feelings arising from some mysterious influence... some combination of... the fabulous past with the sanctified present... or else... I cannot express it... If I loved a man I should wish to take him to Rome to tell him so with the sun setting behind the divine Dome before us... if I were struck by some immense misfortune I should go there to weep and pray with my eyes fixed on that Dome; if I became the happiest of women and of men it is there that I should go too...

Quel vide partout ailleurs ! Et quelle sainte émotion au souvenir de la ville miraculeuse, fascinatrice... Je crois que je ne suis pas la seule et qu'elle inspire à chacun des sentiments inexplicables qui tiennent à quelque mystérieuse influence... à quelque combinaison de... du passé fabuleux avec le présent sanctifié ou bien... je ne sais pas dire... si j'aimais un homme je voudrais le conduire à Rome pour le lui dire en face du soleil se couchant derrière la divine Coupole... si j'étais frappée de quelque immense malheur j'irais pleurer et prier les yeux fixés sur cette Coupole, si je devenais la plus heureuse des femmes et des hommes c'est aussi là que j'irais...

What bourgeois flattening to think one lives in Paris... Paris is nonetheless the only city in the world possible after Rome. What discouraging tedium to think one cannot go there...

Quel aplatissement bourgeois en pensant qu'on habite Paris... Paris est cependant la seule ville au monde possible après Rome. Quel décourageant ennui quand on pense qu'on ne peut pas y aller...