Wednesday, 19 June 1878
Noon — I am still drawing, but my head is not in it. How my head is working — it is extraordinary, especially since it has not yet invented any means. Means? Yes — to prevent Cassagnac from marrying. You understand that one cannot let such a thing pass without crying out. If, after all, it were nothing but a marriage of convenience, I should never forgive myself my inaction. Last Saturday, five days ago, he was telling a friend there was something in train, but that it was not yet decided. In five days!... for four or five days I have had an idea that I have all the trouble in the world to formulate. I think it is ready now... and what if it were too late...# Mercredi 19 juin 1878
Huit heures du soir. Priez pour moi, je vais tenter un moyen dangereux, terrible, mais au moins j'aurais tout fait.
Priez pour moi !
Minuit. Voilà ce que c'est. Nous étions chez Laferrière qui ne m'apprend que ceci : Le mariage devait avoir lieu ce samedi mais à la suite d'un deuil de la famille Acard, il est remis et l'on attend un nouvel ordre pour faire la *Robe Blanche* qui est taillée.
En ce moment même entre une femme de vingt-six à vingt-huit ans, brune, mince, un air de demoiselle de magasin ou de danseuse qui se farde le soir et paraît pâle et fatiguée le jour. De beaux yeux mais myope. C'était elle. Indignée à la vue de cette créature, je pris de suite une résolution grave estimant qu'il faut de grands remèdes aux grands maux. Ce que j'ai bouilli, langui, souffert en attendant mon tour d'essayer.
C'est une parente d'Antonelli... race maudite...
A la vue de cette femme il m'a pris une folle envie de rire de toutes nos belles phrases sur la beauté, les cheveux blonds, la plastique, la distinction, les pieds. Quelle horreur !
Monsieur Gavini a été chez nous et a parlé de tout cela disant que les Cassagnac étaient bien heureux d'avoir trouvé une dot de 400.000 francs. Il cote les Cassagnac fort bas, ce qui m'encourage, d'ailleurs c'est une rage comme le bal Waddington ou la séance de samedi. Je vais chez de Daillens qui refuse de m'aider sous des prétextes moraux.
Alors je pense de le faire seule mais pendant le dîner, Dina tout en riant propose de la lui proposer en mariage avec 75.000 francs de rente et le double après la mort des parents. Pour voir. L'angélique créature me sauve d'une position terrible. Nous partons donc, Dina ne devant pas entrer, et moi voilée. J'irais lui dire des choses dans le genre de lambeaux ci-joints et finir en lui proposant ma cousine etc. etc..
^5^ S'il est vrai que vous ne faites qu'un marche vulgaire bourgeois indigne de vous.
S'il est vrai que vous vous ravalez au point de faire un marché vulgaire bourgeois indigne de vous, pourquoi celle-ci au lieu d'une autre plus riche et pour le moins aussi convenable sous tous les rapports, qui ne demande qu'à vous sacrifier toutes ses fiertés et à venir se coucher à vos pieds soumise et dévouée comme un chien. Vous êtes entortillé au point de vous croire amoureux avec une femme médiocre qui vous mènera en baissant les yeux. Mais si vous aimez, oubliez loyalement cette offre loyale et simple.
Laissez-là ce marché vulgaire et bourgeois qui avilit votre caractère et puisque vous consentez à une affaire de raison pourquoi celle-ci au lieu d'une autre plus riche plus digne de vous qui ne demande qu'à vous sacrifier toutes ses fiertés et venir se coucher à vos pieds soumise et dévouée comme un chien.
Vous êtes entortillé au point de vous croire amoureux. Vous ne serez pas heureux avec une femme médiocre pas jeune quoiqu'intelligente, les affaires arrangées ne sont pas dans votre nature. C'est folie que de vous dire tout cela mais on ne peut pas laisser passer sans crier une pareille chose ! Il en est temps encore, on se consolera par là malgré les belles phrases, mais ici on ne se consolera jamais. Et puis... chacun pour soi !
Plaidoirie badine et touchante
S'il est vrai que vous ne faites qu'un mariage de raison sachez qu'il y a une femme plus riche et plus digne de vous peut-être, qui ne demande qu'à vous sacrifier toutes ses fiertés et venir se coucher à vos pieds soumise et dévouée comme un chien. Sachez aussi que pour faire un bon mari ainsi qu'une bonne mère de famille il n'y a qu'un
Ibid. p. 357-358
être vraiment supérieur. Les bonnes jeunes filles font souvent des femmes dissipées.
Il n'était pas chez lui. Nous allons chez Mouzay chercher maman et à nous trois nous [nous] cassons la tête pour trouver. Je lui écris ceci. Et s'il ne répond pas j'écrirai moi-même et j'irai... moi-même.
[Mercredi 19 juin 1878] Monsieur,
J'ai le plus pressant besoin de vous entretenir de choses les plus sérieuses. Il ne s'agit ni de plaisanterie ni de dénonciation. Je vous prie instamment de vous trouver chez vous ou de me donner rendez-vous ailleurs Jeudi à 9 heures du soir. On passera prendre la réponse dans la journée. Je suis bien fâchée de ne pouvoir signer ma situation exceptionnellement délicate m'impose toutes les réserves.
Il ne s'agit plus de plaisanter, le péril est là à deux pas; agir de suite ou jamais.
Je me tuerais si je ne faisais l'impossible.
Maman m'a demandé si je l'épouserais. J'ai répondu : Je dirais oui pour rompre ce mariage et je romprais moi-même après. C'est une infamie que je ne pense pas.
Je ne croyais pas que cela serait vrai. Mais elle est vieille, fatiguée. Il est absolument impossible qu'il l'aime.