Friday, 14 June 1878
I invited Mme Gavini to come to the Grand Prix with us, and I went to tell Mouzay about my journeys to Versailles; she told me in exchange that Cassagnac is riddled with debts, that he is getting married, and that Mme Presseq has returned to Algeria to be with her husband.# Vendredi 14 juin 1878
Racontars de bas-fonds. C'est égal... chaque fois qu'on me parle de ce mariage c'est une peine nouvelle.
Je trouve cela dans un livre et comme cela se rapporte à certaines choses qui me sont arrivées je le copie in extenso. Combien de fois il m'est arrivé d'avoir honte comme cela... mais lisez:
"Pour une femme timide et tendre rien ne doit être au-dessus du supplice de s'être permis en présence d'un homme quelque chose dont elle croit devoir rougir; je suis convaincu qu'une femme un peu fière préférerait mille morts. (Il ne faut même pas être timide et tendre pour cela). Une légère liberté prise du côté tendre par l'homme qu'on aime donne un moment de plaisir vif, s'il a l'air de le blâmer ou seulement de ne pas en jouir avec transport, elle doit laisser dans l'âme un doute affreux.
*Pour une femme au-dessus du vulgaire il y a donc tout à gagner, à avoir des manières fort réservées.*
Le jeu n'est pas égal: on hasarde contre un petit plaisir ou contre l'avantage de paraître un peu plus aimable, le danger d'un remords cuisant et d'un sentiment de honte qui doit rendre même l'amant moins cher. *Une soirée passée gaiement, à l'étourdie et sans songer à rien est chèrement payée à ce prix.* La vue d'un amant avec lequel on craint d'avoir eu ce genre de torts doit devenir odieuse pour plusieurs jours. Peut-on s'étonner de la force d'une habitude à laquelle les plus légères infractions sont permises par la honte la plus atroce ?"
J'ai fait cette nuit un rêve tout à fait agréable. J'ai rêvé que
Cassagnac et moi nous [nous] tenions un peu plus que bras dessus bras dessous... rien de scabreux oh ! non, mais nous nous parlions tout près... je me blottissais auprès de lui comme le dernier soir à la rue de Boulogne 10 bis, fraternellement mais si... bien.
Et puis c'était un chien qui me suivait. Le chien c'est bon signe. Mais le reste mauvais... vous voyez ce que m'a dit Mouzay.
Il est criblé de dettes, il épouse cette Mademoiselle pour s'en tirer sans doute... si j'allais lui dire: ne vous mariez pas avec elle, je suis prête à vous épouser ! Et s'il allait me répondre *non ?*
C'est Mouzay qui m'a donné cette idée, elle est convaincue qu'il dirait oui, elle ne le voit pas comme je le vois, je le vois plus grand que nature à ce qu'il paraît.
Quelle saleté, cette vie !