Thursday, 13 June 1878
When I am managing well my family strew obstacles at my feet under the pretext of doing good. They would be excusable had I not said ten times what I said today: namely, that I beg, implore and if necessary order them to leave my acquaintances and friends in peace; to make no advances, no professions of friendship; not to tell gentlemen that one has an exceptional sympathy for them and considers them as sons; not to invite them and not to make touching declarations to them. Such things are occasionally understood by chance — but in society in general they are strange and ridiculous.# Jeudi 13 juin 1878
[En travers : Ces choses-là me crispent les nerfs à un point que je ne saurai jamais dire !]
Quand Madame ma mère se mêle *dans* quelqu'un j'ai tout aussi bien fait de biffer le nom de quelqu'un dans ma liste. "Ce n'est plus une conviction c'est une superstition". Je le lui ai dit ce soir. Passe encore pour tout le monde, mais les gens que je trouve, que je chercher, que j'obtiens ceux-là, pour Dieu qu'on ne me les touche pas ! La journée d'aujourd'hui m'a renversé plusieurs idées calmes et me les a couvertes de noir. Je n'ai même plus envie de raconter M. Rouher à Mouzay. A la lettre de Cassagnac qui se terminait par : à cette semaine n'est-ce pas ? on a répondu ! on a répondu : "à jeudi n'est-ce pas ?" C'est navrant de pareilles choses ! Et on m'a tout caché, seulement on a attendu mon cher trésor et mon cher trésor n'est pas venu. Cassagnac a toujours été le même mais depuis quelques potins de Blanc ou peut-être simplement par caprice il s'est tenu sur la réserve, dès lors je l'ai abandonné tout à fait et dès lors on s'est imaginé que je l'aimais et ce qui est particulièrement injurieux c'est qu'on le cachait soigneusement se gardant bien de le dire au contraire ! Si je chante une romance sentimentale, c'est à lui
qu'elle s'adresse, on soupire en me regardant et on dit tout haut que je n'aimerai jamais personne et puis on me regarde comme pour dire : Tu vois que nous ne sommes pas bécasses nous autres et que... d'ailleurs nous savons que tu ne l'aimes pas.
Ce sont de pauvres enfants effrayés par mes reproches et mes ennuis. Mais comme ces pauvres enfants aggravent les situations !
Avec un être exceptionnel comme Cassagnac... les rapports sont délicats et difficiles quand on n'est ni une femme utile, ni une femme *agréable* ni une grande dame. Je m'en serais tirée mais on m'en a ôté les moyens. Mon chagrin est en rapport avec l'intérêt que je portais à ce Monsieur.
Et mon dépit contre les miens en rapport avec mon chagrin.
Monsieur de Jobal est venu me voir à l'atelier.
J'ai travaillé comme d'habitude, ces quelques jours de semi-vacances sont finis, je viens de recevoir un coup de fouet et rentre dans le devoir. Un instant j'ai eu envie d'écrire un mot à Cassagnac :
Monsieur, pendant toute votre existence il ne s'est sans doute trouve personne pour vous dire serieusement que vous etes tout a fait cochon a force [d']etre mal eleve. Autrement vous vous seriez corrigé car vous êtes assez intelligent pour en comprendre la nécessité. Par un reste d'amitié je viens donc vous le dire.
Marie Bashkirtseff.
Mais j'ai réfléchi que l'on avait fait une bêtise qui ne me regarde pas après tout.
Vous ne saurez jamais jusqu'à quel point ça va... ainsi mes mères ne voyant pas Cassagnac avaient perdu espoir, mais on le rencontre, il salue, il parle et on rentre à la maison folles de joie comprimée bâtissant mille chimères comme M. Joyeuse dans "le Nabab" et se racontant avec de petits airs mystérieux que vraiment ce Popaul est étrange, il se conduit certes comme un homme amoureux, se ressemblent-ils assez ces deux monstres, elle et son Popaul.
Vous sentez ce que cela a de pénible, de fâcheux, surtout quand on y tient un peu. Que je sois la chance incarnée, ça ne ferait rien; mais je me suis si bien retirée de ma première manière, tout allait si bien mais il fallait de la prudence, des précautions pour parer à mon guignon...
Ah ! bien oui ! D'abord Berthe, ensuite ma famille.
... Je m'en tirerai, de même qu'auparavant j'avais le
sentiment que je [ne] m'en tirerais pas, j'ai la certitude à présent inspirée que je m'en tirerai. Mes embêtements tirent à leur fin, je le sens. Pourvu qu'on ne m'aide pas dans ma famille. Je veux agir seule, absolument seule et si j'ai un conseil à demander je le demanderai à Dieu et à mon génie qui conseille toujours bien quand je l'écoute.
Ce pauvre Multedo qui n'ose plus se présenter après les billets, je lui avais défendu.