Monday, 6 May 1878
I worked all day long — something I had not been doing very regularly for the past three weeks. You know I bathe as many times a day as possible, and this evening I had just freshened up and put on something long, white, and clinging (without a corset, which gives one a great deal of grace and a certain dramatic quality), when Blanc arrived, and after a few minutes of conversation he tells us that "Paul has told him nothing, but he is convinced Paul is going to marry, because every time one mentions it he looks bored, and the origins of the Acard family are not quite as spotless as one might have wished..."# Lundi 6 mai 1878
Ce misérable capitaine de frégate m'a de nouveau fait de la peine; s'il n'y avait pas eu les folies de mardi je ne serais pas si fâchée... eh bien ! Je félicite sa future ! Ou bien c'est un cochon ou bien il ne l'aime pas.
Une jeune fille qui se conduit aussi follement, oh oui follement, ne doit pas s'attendre à ce qu'on fasse grand cas d'elle. Je suis sûre que l'autre fait d'autant plus la sainte qu'elle sait à quel vieux dévergondé elle a affaire, et l'imbécile est trop heureux de toucher le bout de ses doigts ou de lui... horreur ! baiser la main.
Lorsqu'on allume les bougies, je me voile avec je ne sais quelle mousseline indienne ou diable sait quel tissu égyptien, mat et souple, il m'est presque impossible d'avoir la figure et la tête découvertes quand il m'arrive un ennui pour lequel je n'ose pas me chagriner mais qui me rend toute froide, molle... on me pousserait que je tomberais comme le voile dont je suis couverte, sans bruit et sans résistance.
Si ce n'est pas enrageant de voir ce Blanc jouer au piquet avec Madame ma mère ! ! Ai-je envie de le voir Blanc ! Ai-je envie d'entendre que je suis, par l'art élevée au-dessus des mortels et de leurs misères ! Oui, je le suis. J'ai absolument rompu avec mon passé, je n'en parlerai plus jamais je n'ai qu'en faire. Chaque mot que je dis à présent doit porter. Ce n'est pas que je vous parle comme Bossuet mais mes expressions quand j'ai parlé sérieusement n'ont plus rien d'exagéré.
Mme Baudouin vous savez la mère de Jeanne est venue ce soir, elle part demain. J'ai parlé toute la soirée de mon mariage avec Gambetta, et vers la fin j'ai commencé à croire que c'est une chose possible et pourquoi pas ? S'il voulait je consentirais de suite. Je lui ai écrit ce soir même une lettre anonyme assez raisonnable pour qu'il y fasse attention. Ce serait superbe, éblouissant et splendide.
[En travers : J'ai oublié les initiales que j'ai données. Impossible de savoir s'il y a une réponse.]
Quel retentissement, mon Empereur ! Je deviendrais ensuite présidente de la République
Blanc trouve que c'est idiot. Aussi pourquoi ?...
Le père de Mme Doubelt est mort. Cette dame après les amitiés que vous savez avait emprunté une broche de diamants à maman qu'elle n'a jamais rendue ne se montrant jamais elle-même; [Mot noirci: avant] écrivant souvent des petits mots d'invitation et de promesse.
[En travers : Elle a apporté le bijou au bout de trois mois ]
Passons, ce n'est pas intéressant. Donc voilà, je repense [à] toutes les belles choses écrites pendant la pose aves Schaeppi. En effet, quel dommage et quel ennui !.. Un instant j'ai cru que cela me ferait plus de peine que l'on ne peut penser mais au bout d'une heure de ces raisonnements impitoyables que j'ai gagné à force de pratiquer les contrariétés dans mon existence antérieure, mon ennui réduit à sa plus simple expression est une chose confuse à laquelle je n'ai pas la moindre envie de croire qui m'embête profondément et que je trouve tout à fait atroce.
Madame Doubelt sort d'ici, il est une heure. Avec toutes ces blagues je me suis sauvée d'une tristesse inutile qui aurait duré des heures et qui est bien atténuée pour ce soir et pour les jours suivants. D'ailleurs tenez, je vais en prendre bravement mon parti, quoique ce soit bien, bien dur... mais il n'y a rien à y faire... se soumettre aux évènements... Savez-vous que ce n'est guère agréable ! Assez de mignonneries. Voilà, j'en prends mon parti... et si ce n'était pas vrai ? Si ce n'était pas vrai je serais enchantée ! Mais hélas les choses tristes sont toujours vraies...
Pourtant je l'ai bien demandé l'autre jour, il est vrai qu'il ne m'a rien promis, comment voulez-vous que le Bon Dieu promette.
Si j'étais une femme intelligente, fine, intriguante, utile, on m'emploierait, *mais je ne suis qu'amusante ! !*
Allons, ces belles rages passeront.