Sunday, 7 April 1878
Multedo came at three o'clock, and under pretext of waiting for Dina and Berthe, who were out walking, he stayed until half past six. I was amused by him, but I did not have those cutting remarks that are "prodigies of your fabulous and formidable wit for eighteen years."Multedo est venu à trois heures et sous prétexte d'attendre Dina et Berthe, qui se promenaient, il est resté jusqu'à six heures et demie. Je m'en suis amusée mais je n'ai pas eu de ces mots à emporte-pièce qui sont "des prodiges de votre esprit fabuleux et épouvantable pour vos dix-huit ans".
Plusieurs fois maman a dû aller chez grand-papa, Multedo m'a parlé du bal.
- Vous revenez à votre manie Monsieur, soit; pourvu que cela m'amuse.
Il parait que le domino, un instant touché... émotionné... prenant en pitié peut-être... que sais-je, eut un instant de faiblesse ou de compassion et, pendant que l'amoureux agenouillé penchait sa tête sur les genoux du susdit domino, celui-ci pencha la sienne sur celle du monsieur qui sera fier toute sa vie d'avoir causé un instant de trouble à cette statue de marbre sur son piédestal de glace ! Je ris et ne comprends rien. Le fait est qu'il a dû croire à un petit succès lorsque fatiguée et énervée j'ai appuyé le front de mon masque sur ses cheveux.
En ce moment, paraît-il, il a cru que j'avais un cœur, que j'étais femme et son amour-propre n'oubliera jamais ce moment de triomphe.
- C'est toujours votre manie Monsieur mais elle ne m'amuse plus.
Une femme qui rencontre un homme dans un salon et qui va le trouver au bal de l'Opéra et passe trois heures avec lui... il fallait pourtant que cet homme lui parût intéressant... et puis elle lui joue un tour si abominable, elle devient perfide, méchante, basse ! Pourquoi ne pas supposer Monsieur que cette femme y soit allée pour quelqu'un qu'elle n'a pas trouvé et que se trouvant dépaysée, seule, et voyant une figure de connaissance elle s'y soit cramponnée comme à une planche de salut ?
Bref ce superbe corsicain [sic] croit que j'en suis éprise. La bonne plaisanterie ! Pourvu que cela l'aide à s'enferrer tout à fait et quand il le sera, soyez sûrs mais bons chiens, il ne sera plus sûr de rien.
Blanc qui remarque tout à sans doute remarqué hier que ce Monsieur et moi étions en coquetterie. Blanc prétend que Multedo n'a pas d'esprit... en tous cas il en a plus que cette vieille frégate, il en a assez pour qu'on puisse en avoir avec lui... pauvre
garçon quand je pense qu'il était à genoux devant un fauteuil qui me représentait (il racontait la scène du bal) lorsque maman est rentrée. Il en resta bleu...
- Restez, restez Monsieur, cela ne fait rien, puisque vous n'êtes pas à genoux devant moi...
- Madame, c'est une démonstration... N'est-ce pas maman, cela ne fait rien que Monsieur reste à genoux devant ce fauteuil ?
Il m'a dit sérieusement que j'étais la femme la plus spirituelle qu'il eut jamais rencontrée et qu'il n'en avait jamais vue qui lui plût d'avantage.
- Vous êtes très belle et très jolie mais vous êtes trop-vieille, vous n'avez pas de cœur.
Et encore et toujours et trente-six choses qui me rendraient folle d'orgueil il y a deux ans.
Il ne peut pas avaler son rendez-vous à la Madeleine. C'est drôle, je sais qu'il m'est indifférent mais parfois il a des accents dans la voix qui donnent des émotions assez bizarres. Ainsi ses baisers tout--- particuliers sur mes gants au bal de l'Opéra, m'ont fait frissonner comme le contact d'une machine électrique et hier soir en traversant un salon, la manche de ma robe a frôlé sa main qu'il appuyait à un bahut en me regardant, eh bien j'ai frissonné de la tête aux pieds... Il faut croire que cet homme est chargé d'électricité, voilà tout.
- C'est moi, c'est Multedo I!
Ma petite tante, Dina, moi et même Rosalie en avons fait une sorte de devise qui nous fait rire en nous rappelant la Madeleine et cette voix douce et cette démarche de chat et cet air de valeur. Fi ! que c'est dégoûtant, un homme.