Saturday, 2 February 1878
I feel as though something were missing.Je me sens comme s'il me manquait quelque chose.
Je trouve que l'air mourant de la femme hongroise me donne sur les nerfs.
Mais je ne suis pas inquiète, j'ai sans doute mal dormi, voilà tout et puis l'idée qu'il faudra causer ce soir, avec tous ces gens...
C'est bien ennuyeux que le petit prince soit si pauvre. Je puis compter sur 40.000 francs de rente tout de suite et lui 25.000, vous voyez que c'est maigre.
Etre princesse de Bourbon me plairait assez, mais l'argent, la Fayet dit qu'il a 40.000 francs avec cela ce serait mieux et sa coquine de mère lui donnerait bien quelque chose en plus, et après
sa mort on dit qu'il aura 200.000 francs de rente. Et puis on irait en Italie et on demanderait à cette infâme Marguerite et à cet excellent Humbert de donner suite au projet émis quelque temps avant la mort de Victor-Emmanuel, de rendre une partie de leurs biens aux Bourbons de Naples.
Le petit a trente-deux ans, une mâchoire qui paraît disloquée et des moustaches qui semblent balayer on ne sait quoi. Mais cela peut importe. Ecoutez, ce qu'il y a de plus horrible au monde c'est le mariage sans amour... Ce doit être épouvantable... dégradant, affreux. Pourtant si on l'accompagnait de 2 ou 300.000 francs de rente je m'y ferais parce qu'alors il y aurait le luxe qui... éloigne toujours un peu et toutes sortes de consolations mondaines. Quant à avoir un amant, il ne faut même pas y songer avec un caractère comme le mien. Je serais si humiliée, si tourmentée, je souffrirais tant. La première moi ne dirait peut- être rien, mais la seconde, celle qui a soin de la première, celle qui désire toutes sortes de choses pour la première, celle qui se souvient d'Epictète et qui ne ressent rien pour elle mais a mis tout son bonheur dans la première, celle-là ne le permettrait pas, et c'est devant elle que la première serait honteuse de faire mal. Et puis, je détesterais au lieu de l'aimer l'homme qui consentirait comme cela à manger dans la même assiette avec un autre.
Et la prédiction d'Edmond, qu'est-ce que j'en fais ?
Dites-donc mes chers, vous souvient-il d'une dame dont le nom commence par un B et qui devait selon Edmond me conduire dans le monde ? J'ai cru que c'était maman avec ses lettres à Pétersbourg... ne serait-ce pas plutôt Mme Boyd ?
Je déteste tous ces imbéciles qui viennent troubler mes résolutions et les prédictions d'Edmond. Qu'on me laisse tranquillement étudier !
Robert-Fleury est toujours content de moi, ce matin aussi. Il vient aussi ce soir et je n'y serais pas. Pourquoi ?
Parce qu'il y aura une demi-douzaine de nigauds qui ne me serviront jamais à rien ! Je les planterais bien là, mais cela donnerait une étrange idée de mes parents et on me blâmerait.
Il y aura Blanc et de Daillens, on pourra peut-être blaguer. Fi ! que je suis commune.
Madame Yorke et Berthe à dîner. Elles s'attendaient à rencontrer Paul de Cassagnac; elles sont bêtes et peuvent me nuire. Pensez-donc, elles ont inventé que Cassagnac est amoureux de moi, que je suis la première jeune fille qui a cet honneur et la seule, Popaul ne pouvant être définitivement pris
que par une femme d'esprit. Ce qui est le plus mal, c'est qu'elles prétendent l'avoir entendu dire. C'est un méchant mensonge, très méchant.
Le soir, Mesdames de Daillens, Fayet, le prince, le comte de Beaurepaire, le comte d'Abzac, cousin du marquis d'Abzac de l'Elysée.
Quel travail mon empereur ! Seulement je crois que le petit prince n'est pas amoureux de moi et ne pense à rien. Ce pauvre serin est intrigué par la grande femme aux yeux fatigués, aux paupières rouges, à la tournure commune qui était avec M. Blanc.
Avant l'arrivée de cette bande de... de gens ennuyeux j'ai ri comme s'il y avait de quoi avec les Boyd.