Tuesday, 18 September 1877
Nous sommes au Grand Hôtel. Il y a du monde de Rome, ce qui me donne de l'indulgence pour Paris.
Je pense toujours à Gretchen et à Colonia Agrippina. Les misérables qui l'habitent en savent sans doute moins que moi.
Je ne vous parlerai pas des ennuis habituels à chaque changement de résidence et même sans changement. Ce serait répéter les scènes que vous connaissez très bien. Ce qui est le plus laid c'est que je suis en suspens. On ne veut pas comprendre que Nice n'existe pas.
J'attendrai à Paris les moyens d'aller à Rome. Je me déteste. On m'a découragée en faisant fi de mes plans d'études. Ces imbéciles, ces ignorants, ces crétins peuvent faire perdre courage à n'importe qui. Ils n'y comprennent rien ! Ces vandales me rendent honteuse d'aimer les arts. Et je suis désespérée !
A quoi bon étudier, qu'est-ce que c'est que ça ? Tu dessines très bien. Il faut te marier.
Tigres, cochons, ignorants, infâmes ! Ils m'ont ôté la foi et le courage ! En dehors des études il ne me reste rien ! Je voudrais m'écraser pour le mot étude.
Je me déteste !
Mme Vigier a monté en même temps que moi dans l'ascenseur et nous avons échangé quelques mots.
Ah ! Dieu ! Que faire ! Je deviens enragée.
Dimanche à Wiesbaden, nous étions à l'église et le même jour grand-papa a été chez son ancien ami le prince Repnine. Leurs pères étaient amis et les deux familles étaient liées depuis longtemps
Le père de Repnine a été vice-roi de la Saxe. Les Repnine sont d'ailleurs célèbres [Rayé: et surtout par leurs querelles avec les empereurs qui] et nos tsars même leur passaient toutes les extravagances qui allaient, quelquefois, jusqu'à des querelles et des impertinences envers la famille Impériale et l'Empereur.
Vous voyez bien que nous ne sommes pas des bourgeois.
Ce prince Repnine est vieux et ne marche qu'à peine. Sans doute on lui aura parlé de moi, car à l'église il a tâché de voir mes pieds et les a vus et fixés à la sortie.
Il a ensuite (chez lui) fait des compliments sur moi.