Diary of Marie Bashkirtseff

It is our 30 August — Saint Alexander's Day, the festival of our Emperor. We leave Schlangenbad in formal dress to go straight to church in Wiesbaden.

C'est notre 30 août, la Saint Alexandre, fête de notre Empereur. Nous quittons Schlangenbad en toilettes pour aller droit à l'église à Wiesbaden.

M. Denissoff helps us out of the carriage and announces the capture of Plevna. Now Alexandre has only to fall in love with me. His name was spoken and sung for an hour. I prayed and thought of him — so close is he to me in my dreams.

Monsieur Denissoff nous aide à descendre de voiture et annonce la prise de Plevna. Maintenant Alexandre n'a plus qu'à devenir amoureux de moi. On a prononcé et chanté son nom pendant une heure. Je priais et pensais à lui, tant il m'est proche dans mes rêves.

The Gerbel girls asked me to introduce them to Madame my mother, which I did, and Mme Gerbel was introduced to Maman and my aunt. And as they are relations of Lautrec, all this takes place very quickly in the church itself after mass. To tell the truth, I have quite lost the habit of being well treated and sought out.

Les demoiselles Gerbel m'ont priée de les présenter à Madame ma mère, ce que j'ai fait, et Mme Gerbel a fait connaissance avec maman et ma tante. Et comme elles sont parentes de Lautrec tout cela se passe très vite dans l'église même après la messe. A vrai dire je suis toute déshabituée d'être bien traitée et recherchée.

It is also Batourine's nameday; we go to call on Madame (Monsieur is in Russia). Then Lautrec takes me to the Liemans.

C'est aussi la fête de Batourine, nous allons voir Madame (Monsieur est en Russie). Et puis Lautrec me mène chez les Lieman.

If ever there was rapture, real happiness, sincere joy, it was there. They tore me to pieces with their kindness. One cannot help loving them, if only for that goodness, that simplicity, that exalted German warmth — and so genuine! From there to the Gerbels, who received me admirably, which delighted Lautrec. Mme Gerbel is an excellent woman, not envious — a remarkable quality in a mother of four daughters. Then, having put on a short dress, to the music, where I spend three hours in a flock of young ladies. And the same again in the evening.

Si jamais il y eut ravissement, bonheur réel, joie sincère, ce fut là. Elles m'ont mise en pièces. On ne peut pas ne pas les aimer, ne fut-ce que pour cette bonté, cette simplicité, cette sympathie exaltée allemande, et si sincères ! De là chez les Gerbel qui m'ont admirablement reçue, ce dont Lautrec fut charmé. Mme Gerbel est une excellente femme pas envieuse, ce qui est superbe chez une mère de quatre filles. Et puis après avoir mis une robe courte, à la musique où je passe trois heures dans un troupeau de demoiselles. Et la même chose le soir.

An officer whose name I do not know — though I know he has a "von" — strolled with us. I was half asleep and began to joke about M. Thiers being ruined by the radicals and M. de Bismarck being undone by the Turks. For I maintained that the Prussians were Turkish sympathisers, and the proof was that Suleiman Pasha was none other than a certain Hermann von Zuleimann, whom Bismarck had promised to make a baron at the end of the campaign. Von Zuleimann was making his fortune, and by nine in the evening all Wiesbaden was repeating this nonsense. Mesdames Lisander — wife of the senator, etc. etc. — Lisander of St. Petersburg, Liemann, Romanoff and Gerbel formed a circle with Lautrec as their cavalier, while the nine young ladies kept carrying him off in turn. Lautrec, who promotes things as few people in the world can, was delighted with Baron von Zuleimann, for all these ladies spoke of it to my aunt. And by nine in the evening, as I say, the joke having made the round of the promenade, it came back to me. Though a mere trifle, it gave me pleasure, and I found this Hermann amusing — quite forgetting I had invented him, like the liars of Marseille who ran to see the whale at the port.

Un officier dont je ne sais pas le nom, mais je sais qu'il a un von, s'est promené avec nous. J'étais endormie et me mis à blaguer sur M. Thiers qui a été ruiné par les radicaux et sur M. de Bismarck qui sera perdu par les Turcs. Car je voulais que les Prussiens fussent turcophiles et la preuve c'est que Suleiman Pacha n'est autre qu'un Hermann von Zuleimann que Bismarck a promis de faire baron à la fin de la campagne. Von Zuleimann fait fortune et vers neuf heures du soir tout Wiesbaden se répétait cette bêtise. Mmes Lisander, femme du sénateur etc. etc. Lisander de Pétersbourg, Liemann, Romanoff et Gerbel formaient un cercle avec Lautrec pour cavalier et encore les neuf demoiselles l'enlevaient-elles de temps en temps. Lautrec qui fait l'article comme peu de personnes au monde, est ravi du baron von Zuleimann, car toutes ces dames en ont parlé à ma tante. Et comme je le dis vers neuf heures du soir la blague ayant fait le tour de la promenade m'était revenue. Quoique un rien, cela m'a fait plaisir, et j'ai trouvé ce Hermann drôle oubliant que je l'avais inventé, comme les menteurs de Marseille couraient voir la baleine au port.

Mlle Lisander is an affected creature of thirty, pretty enough if you like, somewhat of a broomstick; the most reserved of all — therefore the one I was most eager to know. The mother is a good, rather simple woman. We have now practically entered the best Russian society here.

Mlle Lisander est une grimacière de trente ans, jolie si l'on veut, un peu manche à balai; la plus réservée de toutes, donc celle que je désirais le plus. La mère est une bonne femme assez simple. Nous voilà presque entrées dans la meilleure société russe d'ici.

I am always foolishly flattered when, as here, people make something extraordinary of me. I who spend my life desiring it and waiting for it — I seem quite astonished when it happens, and turn in all directions as if to see whether it is really for me and whether there is not someone beside me.

Je suis toujours sottement flattée quand comme ici on fait de moi quelque chose d'extraordinaire. Moi qui passe ma vie à le désirer et à l'attendre, je semble tout étonnée lorsque cela arrive, et me tourne de tous côtés comme pour voir si c'est bien pour moi et s'il n'y a pas quelqu'un à côté de moi.

Without Lautrec we should know nothing of what is being said, and should be regarded very differently. He has staked his self-esteem on us, and he is a skilled man.

Sans Lautrec nous ne saurions rien de ce qui se dit et nous serions autrement regardés. Il a mis son amour-propre dans nous et c'est un habile homme.

Not a single cavalier. That is curious. Those from the ball appeared only at the end of the promenade, and with the Merenberg and the Princess of Thurn and Taxis. And other German ladies.

Pas un cavalier. Voilà qui est bizarre. Ceux du bal ne se sont montrés qu'à la fin de la promenade et avec la Merenberg et la princesse de Turn et Taxis. Et d'autres dames allemandes.

All these ladies are very agreeable but rather tedious.

C'est très agréable toutes ces dames mais assez ennuyeux.

It appears, then, that we are already revolutionising Wiesbaden.

Il paraît donc déjà que nous révolutionnons Wiesbaden.

We find Maman at about ten o'clock; she had stayed at the hotel, ill. And we chat until midnight. Dina did not go out in the evening either — she has received a letter from her mother and has a headache.

Nous retrouvons vers dix heures maman qui était restée à l'hôtel, malade. Et on bavarde jusqu'à minuit. Dina n'est pas sortie le soir, non plus, elle a reçu une lettre de sa mère et a un mal de tête.

Before my arrival she was playing the Marie Bashkirtseff, being very elegant. She pleases a great many people. But as I am prettier, I rather eclipse her.

Avant mon arrivée, elle jouait les Marie Bashkirtseff étant très élégante. Elle plaît à beaucoup de monde. Mais comme je suis plus jolie je l'efface quelque peu.

There are no cavaliers. I do not count the officers. Denissoff is a married Russian. There are one or two more I know, but absolute nonentities.

Il n'y a pas de cavaliers. Je ne compte pas les officiers. Denissof est un Russe marié. Il y a encore un ou deux que je connais, mais absolument nuis.

I am quite astonished at having made acquaintances so easily. It must be like this everywhere when one is like everyone else. I am quite surprised to find nothing but goodwill... after Nice...

Je suis tout étonnée d'avoir si facilement fait des connaissances. Ce doit être partout ainsi quand on est comme tout le monde. Je suis toute surprise de ne trouver que bienveillance... après Nice...