Friday, 3 August 1877
Some time ago I met Lady Cartier and her daughters, and today they came to me.Il y a quelque temps de cela j'ai rencontré lady Cartier et ses filles et aujourd'hui, elles étaient chez moi.
Maintenant on me fait prendre des bains d'air comprimé.
Dans notre famille on s'adore les uns les autres et pourtant il est rare de rencontrer un Enfer plus désagréablement agaçant que notre intérieur.
A quoi pensais-je en faisant le projet d'aller à Londres ! Et l'Exposition ? Tant mieux, j'irai donc passer vingt-cinq jours en Italie.
Nous étions à Musart, il n'y avait personne de l'autre fois, mais Blanc était avec nous. Je n'y suis allée que pour Hall, hier je me suis fait offrir des lettres, il faut qu'elle me les donne à présent.
En outre j'ai écrit hier à Julie de Benkendorff, née Voyeikoff, sous pretexte de lui demander si elle va vraiment à Wiesbaden et à Biarritz: "Je serais si heureuse de vous rencontrer".
Et en réalité pour voir comment elle me répondra. Vous savez qu'en épousant Benkendorff elle est plus ou moins cousine de tous les Talleyrand-Périgord, or à Florence, la baronne de Talleyrand-Périgord a le premier salon de la colonie étrangère. Julie a passé à Florence avec sa mère, avant son mariage. Il se peut facilement qu'elle aille cet été à Carlsbad ou à Wiesbaden "pour se dégraisser", dans ce cas je pourrais l'aller trouver de Soden. Elle a toujours été bien avec moi et c'était une excellente fille un peu folle mais bonne.
Hum... ce serait... splendide !!
[Deux lignes cancellées]
Les Mertens et Miss Hall viennent de rentrer seulement à l'instant, et l'Américaine m'apporte un beau bouquet tout blanc.
[Rayé: Samedi 5 août 1877]
Vous croyez peut-être que j'ai passé inaperçue comme un chien ce soir ?
Si vous croyez cela, c'est que vous ignorez que j'avais enfin le chapeau après lequel je soupirais; ni trop grand ni trop petit, rond, à peine relevé d'un côté, et tout autour une seule belle plume blanche. Je le portais sur le front comme toujours et cela sentait la gravure sans sortir des bornes de la mode moderne. Sachez, ô peuples, que le chapeau, à moins d'être un petit bonnet à la petite fille anglaise, doit être plus relevé derrière que devant. Rien de plus hideux qu'un chapeau rond posé en arrière. Rembrandt ne se doutait pas quelles caricatures produiraient ses tableaux. En un mot, quelle que soit la mode, ne portez jamais que des chapeaux ronds sur le front et que la ligne aille en montant du front sur les cheveux, ou bien des chapeaux fermés, qui se mettent bel et bien en arrière comme les bonnets.
Les toques font exception et n'ont pour règle que le caprice. Il y a aussi les chapeaux historiques dont les plus gracieux et les plus seyants sont les Watteau, genre que j'ai adopté.
Maintenant pour la rue, à Paris je porte des petites pailles tranquilles, avec une légère écharpe de gaze autour et un bouquet de muguet. Le tout bien uni, bien léger, bien léché. Pour voyager et les jours de pluie, un petit feutre assez pointu avec une plume de coq. Gardez-vous de supposer que je porte des feutres aux bords pendants ! Ce serait horrible, mes bords sont comme ceux des hommes un peu plus arrondis même. Enfin comme extravagance, un jour de gaieté, de bonne humeur je mettrai une horreur de chapeau assez plat qui descend jusqu'à la nuque, vient en pointe sur le front, relevant gracieusement de chaque côté sans se retourner; cela a l'air d'un chapeau aux bords ronds et pendants un peu en dedans, qui pencherait en pointe devant sous un nœud blanc duquel sortent deux plumes d'oie dorées. Tout autour un voile de gaze blanche dont on fait ce qu'on veut.