Friday, 29 June 1877
I dined at the Boyds', and in the evening while we were all on the balcony I was introduced to Comte Lindemann, a Bavarian lord who seemed to me to have excellent manners.Vendredi 29 juin 1877\nJ'ai dîné chez les Boyd et pendant que le soir nous étions tous sur le balcon on me présenta le comte Lindemann, un seigneur bavarois qui m'a paru avoir d'excellentes façons.
Ce que je désirais avec tant d'ardeur il y a trois ans est à portée de ma main. Un portrait du duc de Hamilton. Vous savez que Berthe l'a aimé comme moi jusqu'à son mariage. Elle a au moins dix de ses photographies dans son album. Il est un peu fort mais si extraordinairement beau ! Il n'y a pas au monde une autre figure aussi noble et aussi belle. Tout le monde a vu la Gioia, son ex-quasi-femme, eh bien ils se ressemblent d'une façon saisissante. Il paraît que c'est Carlo qui sera duc, ou bien son fils, car la jeune duchesse de Hamilton est depuis deux ans clouée à sa chaise longue, et Mme Paskevitch, celle qui a épousé Carlo, assure et assurait que Carlo serait duc avant même que le duc de Hamilton fût marié. C'est une bêtise, Gioia a eu un fils de lui.
On a causé de l'Italie, Mme Boyd, m'engageant fort de venir au lac de Corne où en septembre on rencontre beaucoup de grand monde de Rome, de Florence, de Naples.
Berthe, son frère et sa belle-sœur s'en allèrent au Skating et Mmes Boyd et Yorke me conduisirent chez moi. M. Lindemann était avec nous, quatrième... C'est si laid dans un landau quand on est trois. Je rentrai beaucoup rassérénée et songeant avec enthousiasme à la possibilité de faire connaissance avec de bons Italiens, à Aix ou à Corne, et puis aller vivre à Rome. En Italie ! Ah ! tenez, vous ne comprendrez jamais ce que c'est pour moi ! J'en suis amoureuse comme d'un homme, en dehors de ce pays de Dieu tout est ennui ou indifférence. Je voudrais tant aimer Paris, mais toute mon âme a passé là, j'adore l'Italie comme ma patrie, comme le duc de Hamilton, comme Dieu.
Maman écrit que Torlonia ayant offert du champagne à Monaco, on but à la santé de je ne sais plus qui, alors maman leva son verre en disant :
- A la perdition de tous ceux qui ne nous aiment pas !
- Oh ! pour cela, Madame, dit don Clemente, il faudrait le choléra ou la peste. *Nous* avons tant d'ennemis.
C'est donc vrai, on le dit donc... Les bras m'en tombent !... Et je ne sais plus où aller, vers quel point me tourner !
Si je croyais qu'Enghien me guérit je serais plus tranquille. Il y a des moments où véritablement je me sens perdue.