Monday, 25 June 1877
Enghien, Fauvel, shops. And in the evening: Mouzay, her daughter, the baronesses, the barons, all together. Mme de Daillens likes me, which means I like her too. We do not say so, but one can feel it… besides, she and her mother are both such good creatures — clever and well-read.Lundi 25 juin 1877\nEnghien, Fauvel, magasins. Et le soir Mouzay, sa fille, les baronnes, les barons, tout ça ensemble. Mme de Daillens m'aime, ce qui fait que je l'aime aussi. Nous ne nous le disons pas mais ça se sent... d'ailleurs sa mère, toutes les deux sont de si bonnes créatures et spirituelles et instruites.
Je fais en ce moment des fouilles dans mon journal, je veux déterrer les bêtises dites en l'air sous prétexte d'Antonelli. Je nie et je voudrais effacer tout cela parce que ce n'est pas vrai et non pas parce que je ne le sens plus ainsi. J'ai changé pour bien des choses mais au moins je me souviens de les avoir envisagées un jour telles que je les ai écrites, mais cet Antonelli ! Je ne me souviens pas [un] instant l'avoir trouvé *tout à fait* bien.
Un tas de désespoirs combinés m'avaient composé un état d'esprit déplorable et ne sachant comment m'expliquer je disais : Je l'aime. Antonelli est beau, intéressant, tout ce qu'on veut, mais je ne l'aimais pas. Je me défends de toutes mes forces et pourquoi ? Pourquoi ? Parce que je serais réellement fâchée si on pensait que j'ai un instant aimé un autre que ce diable d'Alexandre. Ce n'est pas parce qu'il est le plus neuf, car à présent je n'y pense plus. Mais je me souviens, comme je le disais alors dans un supplément, avoir reçu "un coup de foudre". Ce ne fut pourtant pas le premier jour que je le reçus *tout à fait.*
Le premier jour je ne le trouvai que beau garçon au point de le chercher au théâtre et dans la rue. Ce fut le soir du départ, en wagon, pendant qu'il était sur la plateforme; ayant placé son frère assez loin, il revint devant notre compartiment et resta là jusqu'au moment du départ... et tenez ce n'est qu'en ce moment que je m'aperçois qu'au lieu de rester près de son frère, il était venu se poser Dieu sait pourquoi devant nous. Je le regardai alors, et tout d'un coup, je ne sais comment, ces choses-là sont inexplicables... je suis devenue folle, littéralement folle de lui, sans m'exciter à cela et sans y penser, c'est-à-dire *vraiment.* Voyez plutôt au livre 59^ème^, au départ. Cela dura jusqu'à Rome où les préoccupations cléricales ne me permirent plus de songer à cette impression toute brillante et toute agréable.
Toutes les fois que je le revis depuis, ce fut avec indifférence, si ce n'est le souvenir de ce choc électrique de la gare.
Et même à Naples à présent je ne m'en occupais que par souvenir pour cet instant jusqu'à cet autre instant plus foudroyant si c'est possible que le premier lorsque après le duel, le bras en écharpe, il entra d'une façon si inespérée dans le salon de lecture. Et à présent... il n'y a rien. Mais je me souviens qu'il y a eu beaucoup. Voilà ce que je ne puis faire pour Antonelli.