Friday, 1 June 1877
Watching Lise run in the garden I felt a great longing to have Alexandrine. Lise is twelve years old; the other will be the same age in ten years. I would bring her up as no one in the world could — she would speak Latin as easily as French and know all books by heart, arranged chronologically, the other classifications revealing themselves afterwards; she would play harp and piano, know all the useful languages; I would take her everywhere and kindle her passion for the arts and beautiful things, and have her study whichever art drew her most strongly. I would have her qualify as a bachelière ès sciences et lettres27 — not from pedantry but because it would do well in society: people would speak of it, they would respect her, she would move among scholars, poets and artists who would sing of her in their books and place her in their paintings. She would have boundless wit (no chances are against that), would be beautiful — more than probable — good and generous, for I would instil all this in her. I would make of her a phoenix, a celebrity, a marvel — and it would be all the more selfless since nothing would come back to me. I would make her, in short, what I might have been myself, had I been able to educate myself from birth.# Vendredi 1er juin 1877
Et je l'aimerais plus que *ma* propre fille, je ne sais pourquoi, parce qu'il me plairait qu'on dit... je ne sais quoi, que je l'aime par... abnégation, par dévouement par... que sais-je. Mon rôle serait original et admirable surtout vis-à-vis du père. Si ça avait été ma fille je craindrais de m'imposer à sa reconnaissance, de l'ennuyer, de me faire valoir... d'avoir l'air de solliciter quelque chose. Ma fille serait la moitié de moi-même, or je suis si honteuse, si scrupuleuse, si timide pour moi-même. Je me haïrais si fort si je devais demander de l'affection pour moi ou pour elle... tandis qu'ici... je le fais par caprice, et lui, je ne le connais pas.
Rêves...
Aujourd'hui a été un Monsieur Savitch, cousin de ma tante par les Romanoff, il a passé l'hiver à Nice et venait souvent. Il s'est enrichi en Angleterre et arrivé à l'âge de cinquante-cinq ans, désire se marier à toute force. Il aurait voulu de ma tante mais elle ne peut pas se marier à cause de moi, aussi ils ne sont qu'amis; chez le bon monsieur comme chez Collignon, c'est une toquade.
Qui me croirait capable de la vie que je mène. Toujours seule chez moi, lisant, peignant, écrivant, jouant. Je ne descends que pour les repas et ne jouis que dans ma propre société !
Ce n'est pas le bonheur mais c'est ce qui le prépare, on se perfectionne pour avoir des succès de femme et surtout d'autres. Je me suis mis dans la tête de devenir célèbre et j'y arriverai.
Comment peut-on vivre comme les gens d'en bas, les miens ?! De quoi parlent-ils, à quoi pensent-ils ? Aux domestiques, aux petits arrangements d'argent et de robes. Oh ! tout cela en petit, aux gains de Monaco, à ce qu'a dit Mme Kondareff, et au tour joué au général par Mme Bouldokoff; au dernier whist avec M. Anitchkoff, à la dernière sortie de Mme Anitchkoff, à... est-ce que je sais ? Et surtout à moi, à mon bien-être, qu'ils sont heureux d'oublier, c'est-à-dire de laisser dormir quand je n'en parle pas.
Vite à Paris ! Je travaille mais je n'avance pas, il me faut des maîtres.
Bijou a quitté Vienne.
Que mon cœur, que mon cœur a de peine ! (Malborough)
Au fait, je n'y pense pas. Il fait son grand tour, il va se régénérer mais rien ne m'inquiète pour les raisons données à page 173.