Wednesday, 16 May 1877
I ran about all morning looking for a few trifles that are missing from my anteroom, but in this wretched country one finds nothing. I had to apply to a stained-glass painter, a tinsmith, heaven knows who else.# Mercredi 16 mai 1877
L'idée que mon journal ne sera pas intéressant, l'impossibilité de lui donner de l'intérêt en ménageant des surprises, me tourmentent. Si je n'écrivais qu'à des intervalles je pourrais peut-être... mais ces notes de chaque jour ne trouveront patience que chez quelque penseur, quelque grand observateur de la nature humaine... Celui qui n'aura pas la patience de toute lire ne pourra rien lire et surtout rien comprendre.
Il n'y eut que Laurenti au Skating où je suis allée tomber après avoir eu la visite du comte Tichkevitch, cet original ou ce farceur.
Ensuite nous sommes allés enlever Bihovetz qui vient d'être amoureux d'une dame partie ce matin. Il ne peut pas vivre sans amour... pur, l'impur, il le trouve à Monaco. J'espérais le marier avec Collignon mais ce vieil animal n'y songe guère, quant à la jeune personne, le désir du mariage est devenu une manie, tellement que je m'en étonne chez une femme qui avait tant de tact, d'esprit, de manières. On change ici-bas.
Ma tante et Madame Kondareff sont rentrées à une heure, je suis allée souper avec elles.
J'aime à souper et puis c'est une des grandes distractions de Nice.
Depuis quelques jours je rêve d'Antonelli et il me revient à l'idée. Je n'y pense jamais et aucunement. C'est étrange, pour qu'il se montre ainsi en rêves et se rappelle le jour sans aucune raison, il faut qu'il pense à moi... ou quelque chose dans ce genre. C'est étrange.
J'aime Alexandre et je vis sans lui et... oui parce que je sais qu'il ne m'aime pas, c'est cela qui me refroidit et qui a chassé l'amour.
Je n'y comprends rien et pourvu que rien ne vienne me rappeler aux rêves dorés, aux vanités, aux ambitions de ce monde, je suis heureuse dans mon oubli.