Thursday, 22 March 1877
The letter left this morning. I went for a walk on foot in the morning, accompanied by Rosalie.La lettre est partie ce matin. Je me suis promenée à pied le matin accompagnée de Rosalie.
Mme et Mlle Hamontoff viennent et cette dernière se met à chanter comme toujours, sans qu'on prie. Elle ne chante pas mal mais il y a des jours ou cela peut mettre en fureur. La mère est si doucereuse et si expansive que c'est à en devenir fou. Elle vous rendrait capable de commettre des choses horribles.
Malgré cela je suis si lasse de rester enfermée que je la prie de me mener au Skating mais à la porte nous rencontrons les Fabbricatore qui veulent monter, au lieu de cela je les prie de m'enlever pour faire un tour à la Chiaja et puis me jeter à la porte du Skating ou je retrouverai Dina et les Hamontoff.
Je suis laide, je suis dégoûtante, je suis ridicule. On dit de moi des horreurs j'en suis sûre ! On dit que j'ai vingt-sept millions. C'est absurde, abominable. Ah ! je crois que je vais devenir enragée. Une pareille fatigue, une telle torpeur ne peut s'imaginer !
Melissano a fait un entrechat étant dans le landau de la princesse Pignatelli (mère du futur joli prince). Elle m'a vue au Splendid Hôtel à Paris. Et puis je vois son fils, il conduit deux petits chevaux. Je crois qu'il a quelque chose comme du duvet sur la lèvre supérieure et depuis qu'il sait qu'on le remarque il est tout changé; il s'est redressé, il a un air de jeune homme, cette métamorphose m'amuse beaucoup.
[Mots noircis:(illisible)voulait comme condamnée] à mort. Je baissais la tête pour qu'on ne pût me voir. Ah Bon Dieu.
Bikowsky et Altamura viennent le soir mais je suis dans un tel état que je reste une heure dans ma chambre à me lamenter à Rosalie, avant d'aller au salon. Je ne sais ce que j'ai. Si c'est une maladie qu'elle se décide, cet état atroce me désespère... Je suis si énervée, si agacée que je me jetterais sur les gens pour la moindre parole !
Rage et fureur contre tout et contre tous à commencer par moi !
[Mots noircis: Elle était refroidie et déjà poitrinaire. ](Ecriture de Mme Bashkirtseff.)
Je me déteste, je déteste mes robes, mes chapeaux, ma voix, tout ! Je me déteste comme Bruschetti ! Et tout le monde doit me détester !
Avant de me coucher je fais d'abominables jeux de mots qui font rire maman, Dina et Rosalie, je ris moi-même et puis je me déteste !