- Je ne sais vouement pas.
- A ou aou i o on.
- Si c'est moins de cinq cent mille francs je ne payerai pas.
Et bien, mais, et Larderei est-ce qu'il ne revient pas ?
Que je suis donc heureuse de ce qui arrive à Clemente Torlonia ! La princesse Mechtchersky qu'il a tant recherchée se marie avec Fabrizio Spinosa des princes Ruffo. C'est son deuxième fiasco, le premier ce fut sa cousine, fille du prince Alexandre Torlonia.
C'est bien fait. Les méchants ne méritent pas autre chose. Et dire que je me suis imaginée quelque chose pour cet être venimeux, petit, blond, gras, ivre ! D'ailleurs ils me dégoûtent tous pour le moment, outre Doria qui n'a jamais cessé de m'être sympathique et... naturellement Larderei ou pour dire comme Rosalie, Ladreréel beau-frère de Mirafiol.
Il est une heure... le vent siffle des airs sinistres comme je n'en ai entendu qu'en Russie dans mon enfance, en automne. Mais je suis radieuse en comparaison avec hier.
Je me mets au piano à deux heures et demie après la visite d'Altamura. Je prends une fileuse de Litolff, et je me dis de la jouer cinquante fois, une bagatelle de douze pages, avec une main droite des plus fatigantes. Si tu la joues, tu auras Larderei, mais pas d'interruptions.
Je ne me suis levée qu'à sept heures et demie sourde jusqu'à ce moment aux questions qu'on me faisait et aux : Le dîner est servi. J'ai dîné seule et les mains me font encore mal, mais j'aurai Larderei ! Je fais trente-six choses pour des semblables superstitions.
Doenhoff a envoyé sa carte disant qu'il est indisposé; et maman m'a fait les cartes et m'a prédit l'arrivée de Larderei.
Ah ! sans cela je crève de tristesse ! J'adore l'Italie et j'y suis si mal !
Confusion indescriptible dans la tête... je voudrais rester ici jusqu'aux courses, aller ensuite à Sorrento et aussi à Trouville et à Aix et aux bains de mer en Angleterre, le temps manque, la vie est si courte ! Ma gorge me désespère.
On m'envoie de Nice la carte de Rossi avec condoléance... voilà que je reçois des compliments sur ma mort !
Grande agitation pour cause inconnue; plusieurs visites de Doenhoff avec lequel nous allons le soir voir des courses et des jeux au Skating. Cette absurde figure blanche, ce chapeau qui ressemble au Mont Blanc et qui s'expose majestueusement ! Et bien cette détestation a trouvé un adorateur passionné. C'est un Anglais que je ne peux pas voir tandis que lui dîne en face de nous et fait tout au monde pour mériter une parole en vain !
Ce soir j'ai dîné à la table d'hôte et cet homme raconta à son voisin et ami que c'est une fête pour lui, que hier et avant-hier il était triste et un tas de choses auxquelles I pay no attention.
Seulement en cet instant je me suis imaginé quelle figure feraient tous ces mangeurs si je tirais la nappe. Dina se mit à rire, s'étant sans doute imaginé ce tableau; l'Anglais nous invita : mon voisin commença de boire mais ayant levé les yeux sur nous pouffa dans son verre, alors cette aimable gaieté gagna tous les autres qui sans savoir pourquoi se sont mis à rire et au bout de cinq minutes il n'y eut plus personne à table, incapable de se contenir chacun était sorti en éclatant de rire, jeunes, vieux, malades, Anglais raides et droits, tout le monde !
[J'ai parlé en russe à Dina.]
Merisano est venu en face du balcon mais ayant vu Rosalie seule ne resta que quelques minutes; il l'a déjà sifflée un jour dans le corridor, nous venions de sortir et ce singe était chez Larderei. Mais la fille s'est contentée de dire avec son accent parisien de rue : En v'là un genre !
Depuis que je suis folle de Larderei je ne fais que causer avec Rosalie, elle me raconte des drôleries et je lui répète cent fois: Larderei. J'ai bien pensé télégraphier au nom d'Altamura ou de Merisano, mais ça se saurait trop facilement, alors j'ai eu l'idée, sérieusement, d'envoyer Rosalie à Florence pour un jour; et enfin voilà à quoi je me suis arrêtée.
Firenze, comte Alessandro Larderei
6.000 lire a suo comodo, condizioni sue quando Napoli
risposta agata subito a d'Uffizio Rosati.
Pauvre garçon, quand il saura que c'est une farce.
Six mille francs il sera content en recevant cette offre.
Ecoutez, je ne sais vraiment ce que j'ai, je ne sais si c'est ces bals masqués qui m'ont souillée, ou quelle autre chose., mais je me tiens en horreur !
Aurais-je vraiment le cerveau détraqué ? Il me semble qu'on me prend partout pour une mauvaise femme, qu'on s'indigne de ma présence, qu'on veuille m'insulter.
Avant, quand j'entrais quelque part je m'épanouissais sous les regards du public, à présent je me plie comme ces fleurs abattues par la gelée nocturne dont parle Dante; je voudrais me cacher.
Le moindre regard m'est littéralement comme un coup de massue...
Il faudrait faire quelque chose contre cela, je ne sais quoi, mais cet état est insupportable, je souffre tant, je me hais, j'ai honte de moi, j'ai peur qu'on me donne des soufflets dans la rue ?
C'est sans doute la suite de tous mes bonheurs en ce monde.
Je perds la mémoire, je crains les choses les plus simples et je me jette dans les extravagances comme si c'était tout naturel.
Cet Anglais m'attendrit presque, ce soir dans la foule au Skating il nous a donné sa place, et avec des airs humbles et des yeux pleins de respectueuse admiration, je ne puis le souffrir.
Occupons-nous de mon cerveau., bientôt vous aurez le plaisir de lire les élucubrations d'un cerveau tout à fait bien, comme dirait Audiffret, mais passons.
Ai-je dit que Foster m'écrivait ? Non ? eh bien, je le dis, et je lui ai écrit aussi. Pourquoi ne pas entretenir des relations agréables avec des gens comme il faut.
Oh ! mais tout ce que je fais me semble inconvenant, extravagant, atroce, affreux !
Vais-je devenir folle. Non, mais après l'article du Figaro c'est bien le moins qu'on ait les idées renversées. Suis-je assez attaquée, assez salie ?
Avant de commencer la vie encore !
Remettez mon esprit Mon Dieu ou bien que je meure.
[Je voudrais savoir comment font les autres. Je deviens sauvage, je ne sais plus comment me conduire !
Ah ! si je pouvais voir d'autres personnes, je verrais comment on fait et je me remettrais, peut être même ne fais-je rien de mal. Mais je ne sais plus rien II!]