Wednesday, 23 August 1876 (11 August) — Continuation
Mercredi, 23 août 1876 (11 août) - Continuation
aujourd'hui. Je suis comme chez moi, je ne gêne aucune de ses habitudes, je cause, je raconte, je prêche, il m'écoute avec satisfaction et sourit. Il est content de me trouver capable de parler de tout et, comme on allait dîner et je terminais une phrase sur la chimie avec un certain Kapitanenko, [Mots noricis: officier de la] garde en retraite, abruti par la province et les moqueries universelles, un jeune homme et le bouffon de la maison, mon père dit en se levant :
— C'est vrai Pacha, elle est très savante.
— Vous voulez rire papa ?
— Pas du tout, pas du tout, mais c'est bien, oui. Ah ! fort bien, hum, fort bien.
Vous voyez bien fichus-lecteurs, vous voyez bien que lorsque je ne suis pas malheureuse comme la poussière du chemin, vous voyez bien que je n'aime personne et qu'Antonelli est aussi loin de mon cœur que... que Gritz. Je suis impatiente, il viendra demain. Il est le seul ici et je ne puis vivre sans amusement.
Et puis... et puis Gritz. Enfin.. Dieu est bon, très bon pour moi.
J'ai écrit à maman presque autant que dans mon journal. Cela lui fera plus de bien que toutes les médecines du monde. J'ai l'air enchanté, je ne le suis pas encore, j'ai raconté tout exactement mais je ne suis pas sûre de mon fait quant à la fin de l'histoire. Enfin, on verra. Dieu est très bon.
Mon père s'est absenté, et quand il fut revenu je demandai :
— Où avez-vous été ?
— Dans la forêt, répondit-il.
Dans la forêt se bâtit un chalet près duquel demeure sa maîtresse, cachée là à l'occasion de mon arrivé.
— Tu as bien fait papa, la forêt est la partie des propriétés qu'il faut le plus surveiller, les paysans volent le bois et dévastent la forêt en y laissant paître leurs troupeaux.
Au commencement de cette phrase il avait levé les yeux en expectation, presque en étonnement, mais je parlais avec une bonhommie rare et il me dit:
— C'est vrai, oui.
J'ai monté à cheval avec Paul et Pacha, Eristoff et Kapitanenko qu'on nomme Kapitan, suivaient en tilbury.