Diary of Marie Bashkirtseff

Yesterday at two o'clock I left Nice, with my aunt and Amalia. Chocolat, having hurt his foot, will not be sent to us for another two days.

Hier à deux heures j'ai quitté Nice, avec ma tante et Amalia. Chocolat, s'étant fait mal au pied, ne nous sera envoyé que dans deux jours.

One must be driven to extremes, as I am, to undertake such a journey — into a country almost foreign to me, distant, and... almost repellent. I am patriot enough not to let anyone slander my country in my presence, but to go there, to live there... Ah!... Yet I congratulate myself on my courage.

Il faut être poussée à bout comme moi pour entreprendre un pareil voyage ; dans un pays presque étranger, éloigné et... presque antipathique. Je suis bonne patriote quant à ne pas laisser devant moi calomnier mon pays, mais y aller, y vivre... Ah !... Mais je m'applaudis de mon courage.

Maman has been weeping for three days over my coming absence, and so I am gentle and tender with her. The love of sweethearts, husbands, friends, children — it comes and goes, for all of these can exist twice over, but there is only one mother, and a mother is the sole creature on whom one may rely entirely, whose love is selfless, devoted, and eternal. I felt all this for perhaps the first time as I bade her farewell — and how I laughed at my passions for Torlonia, Larderei, Antonelli! How trifling they seemed — nothing at all. Grand-papa was moved to tears; indeed there is always something solemn in the farewells of an old man. He blessed me and gave me a picture of the Virgin. Maman, Dina, and Walitsky accompanied us to the station.

Maman pleure depuis trois jours ma future absence, aussi suis-je douce et tendre avec elle. Les affections des amants, des maris, des amis, des enfants, passent et viennent car tous ces êtres peuvent *être deux fois* mais il n'y a qu'une mère et la mère est la seule créature à laquelle on peut se fier entièrement, dont l'amour est désintéressé, dévoué et éternel. J'ai senti tout cela pour la première fois peut-être en lui disant adieu et comme j'ai ri des amours pour Torlonia, Larderei, Antonelli ! Et comme ils m'ont paru peu de chose, rien. Grand-papa s'émut jusqu'aux larmes, d'ailleurs il y a toujours quelque chose de solennel dans les adieux d'un vieillard. Il me bénit et me donna une image de la Vierge. Maman, Dina et Walitsky nous accompagnèrent à la gare.

As always I wore my most cheerful expression to depart, though I was deeply grieved — for Maman was not weeping, yet I felt her so unhappy that a flood of regret washed over me for leaving, and for having often been harsh with her. But, I thought, watching her through the window of our carriage, I was not harsh from cruelty — I was harsh from pain, from despair; and now I am going away in order to change our life, so that I may henceforth surround my mother with nothing but care and consideration.

Je prenais comme toujours mon air le plus joyeux pour partir, j'étais très affligée cependant car maman ne pleurait pas mais je la sentais si malheureuse que j'eus comme un flot de regrets de partir et d'avoir été souvent dure avec elle. Mais, pensai-je en la regardant par la fenêtre de notre cage, je n'ai pas été dure par méchanceté, je l'ai été par douleur, par désespoir ; et à présent je pars pour changer notre vie, et pouvoir ne plus entourer ma mère que de soins et de prévenances.

When the train began to move I felt my eyes fill with tears, and I involuntarily compared this departure with my last departure from Rome. Was it that my feeling was weaker now, or that I did not sense, left behind me, an immense grief such as a mother's?

Quand le train se fut mis en mouvement je sentis que mes yeux étaient pleins de larmes et je comparai involontairement ce départ avec mon dernier départ de Rome. Était-ce que mon sentiment fût plus faible, ou que je ne sentisse pas laisser derrière moi une immense douleur comme celle d'une mère ?

I immediately set about reading Corinne.1 This exquisite description of Italy holds a quite particular charm for me.

Je me mis aussitôt à lire *Corinne.* Cette exquise description de l'Italie a un charme tout particulier pour moi.

And with what joy I saw through that reading — Rome, my beautiful Rome, with all its treasures of contemplation for those who can rise above those who, like the ferocious American tourists, see nothing but stones more or less artistically cut, and numbered canvases one is obliged to see because everyone sees them, and obliged to find beautiful because it has long been agreed upon and written in the guidebooks. How fortunate is the one who understands all these beauties of memory, of history, of illustrious men! I will simply confess that I did not comprehend Rome at first. My strongest impression was the Colosseum, and if I could write as I think, I would have set down a host of fine thoughts that came to me when I stood silent in the box of the Vestals, facing that of the Caesar. But it is a subject much worn by fine thoughts.

Et avec quel bonheur, je voyais par cette lecture, Rome, ma belle Rome, avec tous ses trésors de contemplation pour qui peut s'élever au-dessus de ceux qui, comme les voyageurs féroces américains ne voient que des pierres plus ou moins artistement taillées et des toiles numérotées qu'on est obligé de voir parce que tout le monde les voit, et qu'on est obligé de trouver belles parce que c'est depuis longtemps convenu et écrit dans les guides. Qu'il est heureux, celui qui comprend toutes ces beautés de souvenirs, d'histoire, d'hommes illustres I J'avoue tout simplement que je n'ai pas du premier abord compris Rome. Ma plus forte impression a été le Colisée et, si je savais écrire comme je pense, j'aurais dit une foule de pensées bien belles qui me sont venues lorsque j'étais debout et muette dans la loge des Vestales en face de celle du César. Mais c'est un sujet bien battu de belles pensées.

It is above all the description of the convents that interested me, for in every convent I saw Antonelli — and what joy when I read: San Giovanni e Paolo.2 I woke my aunt to read it to her.

C'est surtout la description des couvents qui m'a intéressée, car dans chaque couvent je voyais Antonelli et quelle fut ma joie quand je lus : San Giovani e Paolo. Je réveillai ma tante pour le lui faire lire.

On this subject, I must tell you that before leaving I went to bid farewell to the Mother Superior of the Bon Pasteur.3 Dina was with me. I confess I went there with the worst intentions imaginable. Having listened for half an hour to the pious and banal discourse of the old nun, I told her that for three nights I had been tormented by a frightening symbolic dream.

A ce propos, il faut vous dire qu'avant de partir j'ai été dire adieu à la supérieure du Bon Pasteur. Dina était avec moi. D'ailleurs j'y suis allée avec les plus mauvaises intentions du monde. Ayant écouté pendant une demi-heure les discours saints et banaux de la vieille religieuse, je lui dis que voilà trois nuits que je suis tourmentée par un rêve symbolique effrayant.

Whereupon I invented a vision involving thirteen red demons who were saying Mass dressed in cassocks worn inside out, and the tallest of these demons, seizing the sacred vessel, drew from it a bleeding heart and tore it into four pieces, crying: this is the heart of the nuns of the Bon Pasteur!

Sur ce, je lui inventai une vision avec treize démons rouges qui disaient la messe habillés de soutanes mises à l'envers et le plus grand de ces démons, saisissant le vase sacré, en tirait un cœur ensanglanté et le déchirait en quatre en criant : c'est le cœur des religieuses du Bon Pasteur !

I fully expected this to terrify the entire convent. The Mother Superior then told me that certain dreams came from heaven, and that the one which had decided her, forty years ago, to take the veil was among them. She had seen an archangel and the Last Judgement and a good deal besides.

Je comptais bien que cela épouvanterait tout le couvent. La supérieure me dit alors que certains rêves venaient du ciel et que celui qui l'a décidée il y a quarante ans à prendre le voile était un de ceux-là. Elle avait vu un archange et le jugement dernier et bien des choses encore.

"Ah!" she said, "the good Lord is all Goodness, all Love — He dwells among us, the good Lord, our Lord Jesus."

- Ah ! dit-elle, le Bon Dieu est tout Bonté, tout Amour, il réside au milieu de nous, le Bon Dieu, notre Seigneur Jésus.

I rose at these words and bade her farewell; she blessed me and wished me every good thing — without believing a word of it, no doubt. In the vestibule I met Sister Thérèse; with her, no ceremony — I took a blue woollen cord, such as the nuns wear, gave her five francs, and told her to show me the prettiest nun. They brought me Sister Céleste, who is the niece of a Monsignor from Rome.4 I chatted as though at home, sang hymns in Latin, reported that Émile was going to found a convent at La Tour. These holy women know him well, and all the extravagances of Père Léon too.

Je me levai à ces paroles et lui dis adieu, elle me bénit et me souhaita tous les biens possibles, sans en penser un mot sans doute. Dans le vestibule je rencontrai la sœur Thérèse, avec celle-là pas de façons, je lui pris un cordon de laine bleu, comme portent les nonnes, lui donnai cinq francs et lui dis de me montrer la plus jolie religieuse. On me fit venir la sœur Céleste, qui est la nièce d'un Monsignor de Rome. Je causai comme chez moi, je chantai des cantiques en latin, je racontai qu'Émile allait fonder un couvent à la Tour. Ces saintes femmes le connaissent bien et toutes les extravagances du père Léon aussi.

Sister Céleste would be pretty but for the excess of plumpness lent her by her thirty-three years, eleven of which have been spent in the house of the Lord. I assured her she must miss society; she laughed and seemed quite enlivened by my varied and original conversation. I stayed nearly an hour with her, departing only for fear of missing the train.

La sœur Céleste serait jolie sans le superflu d'embonpoint que lui donnent ses trente-trois ans dont onze passés dans la maison du Seigneur. Je l'assurais qu'elle devait regretter le monde, elle riait et semblait tout animée par ma conversation variée et originale. Aussi je restai près d'une heure avec elle, ne m'en allant que de crainte de manquer le train.

I read a volume of five hundred pages during the journey from Nice to Paris. I admired the observations, so just, while finding fault a little with the overly romantic tinge that characterises the work — yet that very fault is one of its charms, and I could not conceal from myself that my eagerness to read of Rome and Italy sprang from a particular interest. I read the book and, between the printed lines, dreamed of a novel of my own — reading and imagination proceeding together without disturbing each other. I cast myself as Corinne and sought in Oswald5 excuses for Pietro. Meanwhile we pressed onward, and glancing at the countryside I could not help sighing with regret that it was not the Roman Campagna. These cultivated fields, these neat little French cottages, seemed to me devoid of all charm — full of moral aridity and banality.

J'ai lu un volume de cinq cents pages pendant le voyage de Nice à Paris. J'admirais les observations si justes tout en blâmant un peu la teinte trop romanesque qui caractérise l'ouvrage mais ce défaut est un de ses charmes et je ne me dissimulai pas que mon ardeur à lire de Rome et de l'Italie ne me vînt d'un intérêt particulier. Je lisais le livre et, entre les lignes imprimées, je rêvais à un roman à moi, la lecture et l'imagination marchaient en même temps sans se troubler l'une l'autre. Je me personnifiais dans Corinne et je cherchais dans Oswald des excuses pour Pietro. Et pendant ce temps nous avancions toujours et, en jetant les yeux sur la campagne, je ne pouvais m'empêcher de soupirer de regret que ce ne fût la campagne de Rome. Ces champs cultivés, ces maisonnettes gentilles de France, me paraissaient dépourvus de tout charme, pleins de sécheresse morale et de banalité.

And with every moment I was moving farther and farther from myself — from Rome.

Et à chaque instant je m'éloignais de plus en plus de moi, de Rome.

[annotation]
If I were to recount all my reveries of this kind, you would see that Cassagnac, Torlonia, Doria, Don Carlos, the Emperor of Russia, the Imperial Prince Napoleon, Louis XIV, and many others have been successively adored. But this Antonelli, on account of all you know, permits me to write that which has this effect... that I love him.

*Si je devais raconter tous mes rêves dans ce genre, vous verriez que Cassagnac, Torlonia, Doria, Don Carlos, l'empereur de Russie, le prince impérial Napoléon, Louis XIV et bien d'autres ont été successivement adorés. Mais cet Antonelli, à cause de tout ce que vous savez, me permet d'écrire ce qui produit cet effet... que je l'aime.*

Does he even know that I have left?

Sait-il seulement que je suis partie ?

All those failures of attentiveness that wounded me so deeply have faded from my memory, and were it not for the impression of Corinne's immense love, I would remember only the love he claimed to feel for me. But the absence! Oh! — then I feel a great anxiety. I would be at peace if he were alone as I am, but he is in the midst of his own people, his society, charming women — surrounded by people hostile to me as much for being a foreigner as for my religion. A heretic!

Tous ces manques d'empressement qui m'ont tellement blessée, se sont effacés de ma mémoire et, sans l'impression de cet amour immense de Corinne, je ne me souvenais que de l'amour qu'il a dit sentir pour moi. Mais l'absence ! Oh ! alors je sens une grande inquiétude. Je serais tranquille s'il était seul comme moi, mais il est au milieu des siens, de sa société, de femmes charmantes, entouré de gens qui me sont hostiles tant parce que je suis étrangère qu'à cause de ma religion. Une hérétique I

How can the memory of me contend against all these efforts to detach him from me?

Comment le souvenir de moi peut-il lutter contre tous ces efforts de le détacher de moi ?

So long as he saw me, my face, my wit, my conversation held him under the spell of that love — but I am far away, he does not see me, he does not hear me! Whatever impression one leaves, it fades with time; seeing much of society, my memory returns to him now and then — but what is a memory to a man like him! Then the same desire that seized me in Nice returns with yet greater force: to write to him! And what can my letters do? Give him weapons against me, gratify his pride, without preventing him in the least from turning his attention to someone else?

Tant qu'il me voyait, ma figure, mon esprit, ma conversation, le retenait sous l'empire de cet amour, mais je suis loin, mais il ne me voit pas, mais il ne m'entend pas ! Quelle que soit l'impression, elle s'efface avec le temps, à force de voir beaucoup de monde, de temps en temps mon souvenir revient mais qu'est-ce qu'un souvenir pour un homme comme lui ! Alors le même désir qui m'était venu à Nice me vient de nouveau avec plus de force encore : lui écrire ! Et que peuvent mes lettres ? Lui donner des armes contre moi, satisfaire son amour-propre, sans l'empêcher le moins du monde de s'occuper d'une autre ?

Must I think of a frivolous man, a child incapable of any deep feeling, any resolute action!

Faut-il penser à un homme léger, à un enfant qui n'est capable d'aucun sentiment profond, d'aucune action énergique !

But I am alone, but I am bored — what do you expect me to think of in such a state?

Mais je suis seule, mais je m'ennuie, à quoi voulez-vous que je pense en cet état ?

Whereas he — he lives the life of everyone else; he has his friends, his Cercle,6 his family — yes, above all his family. It is only natural that it should be I who still remember when he has long since forgotten. There remains only the chance of our meeting again; seeing me again, he will love me again... See how I have reduced my expectations — I make do with an idea I would once have rejected as beneath me.

Tandis que lui, il vit de la vie de tout le monde, il a ses amis, son cercle, sa famille, oui, surtout sa famille. 11 est bien naturel que ce soit moi qui me souvienne *encore* quand il aura déjà oublié. Il n'y a que la chance de nous revoir, en me revoyant il m'aimera encore... Voyez comme j'ai diminué mes prétentions, je m'accommode de cette idée qu'avant j'aurais repoussée comme une indignité.

To consent to being forgotten! To count on presence to rekindle that small feeling which could not withstand three or four months of separation!

Consentir à être oubliée ! Compter sur la présence pour rallumer ce petit sentiment, qui n'a pas pu résister à trois ou quatre mois de séparation !

That is what I would once have found humiliating! Well — you see, I resign myself... I make concessions... I know perfectly well it is useless — the more one makes, the less they avail. Consider: Louis XVI made concessions, [two lines cancelled] — and consider those proud, unyielding kings who never condescended from their divinity!

Voilà ce que j'aurais trouvé humiliant ! Eh bien vous voyez je me résigne... je fais des concessions... Je sais bien que c'est inutile, plus on en fait moins cela profite, voyez plutôt Louis XVI a fait des concessions, [deux lignes cancellées] Et voyez ces rois superbes et inflexibles qui ne dérogeaient pas de leur divinité !

Oh! My letters would serve no purpose, no doubt. They would not preserve his love; they would be received with joy as long as it lasted, with indifference when time had weakened and erased it.

Oh ! sans doute mes lettres ne serviraient à rien. Elles ne conserveraient pas son amour, elles seraient reçues avec joie tant qu'il durerait, avec indifférence quand le temps l'aurait affaibli, effacé.

Besides, I do not believe in his love — it existed only as long as I was there to sustain it. Is that the natural law of things, or did he simply never truly love me?

D'ailleurs je ne crois pas à son amour, il n'existait que tant que j'étais là pour l'entretenir. Est-ce la loi naturelle des choses ou est-ce qu'il ne m'a pas vraiment aimée ?

My pride rebels and makes me say that I occupy myself with him only until some new idea comes along; that I occupy myself with him only out of pride, out of vanity. That is true, quite true — but I occupy myself with him none the less; I am tormented none the less. More so, even!

Mon amour-propre se révolte et me fait dire que je ne m'en occupe que jusqu'à une idée nouvelle ; que je ne m'en occupe que par amour-propre, par vanité. C'est vrai, c'est vrai, mais je ne m'en occupe pas moins, mais je n'en suis pas moins tourmentée. Plus même !

Corinne and Oswald first see each other at the Capitol, during the crowning of Corinne.7

Corinne et Oswald se voient pour la première fois au Capitole, pendant le couronnement de Corinne.

Antonelli and I also spoke for the first time at the Capitol — only it was at a masked ball.

Moi et Antonelli nous nous sommes parlé pour la première fois au Capitole aussi, seulement c'était dans un bal masqué.

No — I am simply excited by a romantic novel, that is all. It seems to me that I love... but no — I shall only love truly and completely, and my hero cannot be Antonelli.

Non, je suis excitée par un livre romanesque, voilà tout. Il me semble que j'aime... mais non, je n'aimerai que *tout à fait* et mon héros ne peut être Antonelli.

Besides, I implore God on both knees to spare me a tyrant — for all men are fickle and ungrateful when one loves them. They know how to be steadfast and romantic only when one deceives them, despises them, kicks them aside.

D'ailleurs je supplie Dieu à deux genoux de m'épargner un tyran car tous les hommes sont légers et ingrats quand on les aime. Ils ne savent être constants et romanesques que quand on les trompe, quand on les méprise, quand on les repousse du pied.

I do not love, yet I feel deep in my heart something like regrets, anxieties.

Je n'aime pas et je sens tout au fond du cœur comme des regrets, des inquiétudes.

Why am I not anxious about Plowden, about Bruschetti?

Pourquoi ne suis-je pas inquiète de Plowden, de Bruschetti.

The thought that he forgets me when I think only of him wounds me... deeply.

Cette pensée qu'il m'oublie quand je ne pense qu'à lui me blesse... beaucoup.

Besides, I feel no more anxiety at losing Pietro's love during my absence than I have felt several times before — now over the purchase of a horse, now on the morning of an exceptional performance at the theatre, having neglected to reserve a box in advance.

D'ailleurs je n'éprouve pas plus d'inquiétude de perdre pendant mon absence l'amour de Pietro que j'en [sic] ai éprouvé plusieurs fois déjà, tantôt à cause de l'achat d'un cheval, tantôt le matin d'une représentation extraordinaire au théâtre, n'ayant pas eu la précaution d'arrêter d'avance une loge.

Only that anxiety could last no more than a few hours, whereas this one must necessarily last three months. Within an hour Chocolat would bring me back either the box ticket or the reply that everything was taken; a little vexation followed, and that was that — for the next day one could begin again. But here — who will bring me back the answer? And this will go on for three months, four perhaps. The anxiety is of the same kind, the same intensity — but it will repeat itself ninety days over... and one cannot begin again the next day...

Seulement cette inquiétude-là ne pouvait durer que quelques heures, tandis que l'autre doit nécessairement durer trois mois. Au bout d'une heure Chocolat me rapportait ou le billet de la loge ou la réponse que tout était loué, un peu d'ennui s'ensuivait et tout était dit car le lendemain on pouvait recommencer. Mais ici, qui me rapportera la réponse ? Et cela durera trois mois, quatre peut-être. L'inquiétude est du même genre, de la même force, mais elle se répétera quatre-vingt-dix jours... et on ne pourra pas recommencer le lendemain...

Why not?... with another? Oh! no — it is dreadful to always be abandoned, always forced to seek out another in order to obtain always... or rather, never to obtain anything at all.

Pourquoi pas ?... avec un autre ? Oh ! non, c'est affreux d'être toujours abandonnée et d'être toujours obligée de chercher un autre pour obtenir toujours... ou plutôt pour ne jamais rien obtenir.

At half past five we entered Paris. And one must admit it: Paris is, if not the most beautiful, at least the most elegant, the most graceful, the most spirituelle8 — if one may so express it — of cities.

A cinq heures et demie nous sommes entrées à Paris. Et il faut en convenir, Paris est sinon la plus belle, du moins la plus élégante, la plus gracieuse, la plus spirituelle, si on peut s'exprimer ainsi, des villes.

Does Paris not also have its history of greatness, decadence, revolutions, glories, and terrors? Oh yes — but all pales beside Rome, for it is from Rome that all other powers were born; it is from her ruins, her remains, that the kingdoms and empires were formed which have become greatnesses in their own right — and which forget what they are, and despise the one who brought them into the world.

Paris, n'a-t-elle pas aussi son histoire de grandeur, de décadences, de révolutions, de gloires et de terreurs ? Oh ! oui, mais tout pâlit devant Rome car c'est de Rome que sont nées toutes les autres puissances, c'est de ses débris, de ses restes qu'ont été formés les royaumes et les empires qui sont devenus eux-mêmes des grandeurs à part et qui oublient ce qu'ils sont et méprisent celle qui les a mis au monde.

Rome swallowed Greece, the cradle of civilisation, of arts, of heroes, of poets. Everything that has been built, sculpted, thought, done since — what is it but imitation of the Ancients, their literature, their arts, their conquests, their deeds?

Rome a avalé la Grèce, le foyer de la civilisation, des arts, des héros, des poètes. Tout ce qui a été bâti, sculpté, pensé, fait depuis, qu'est-ce autre chose [sic] que l'imitation des Anciens, de leur littérature, de leurs arts, de leurs conquêtes, de leurs actions ?

O pitiful decadence, O arrogant impotence!

O pitoyable décadence, ô impuissance orgueilleuse !

What is all this that the modern age so exalts?

Qu'est-ce que tout ce qu'on exalte des temps modernes ?

Successful imitations — that is all. [three lines crossed out] And how paltry they are when one considers that they had for their model, their inspiration, Antiquity — which itself created everything from nothing, drawing inspiration solely from Nature, since God was not yet known to men; and which by itself arrived at results equally brilliant, and proportionally a hundred times more brilliant. Among us, only the Middle Ages produced anything original. Oh why, why has everything fallen so low?

Des imitations heureuses voilà tout, [trois lignes rayées] Et combien ils sont peu de chose quand on considère qu'ils ont eu pour modèle, pour inspiration l'Antiquité qui, elle, a tout créé elle-même et qui n'a puisé d'inspiration qu'en la Nature puisque, alors, on ne connaissait pas encore Dieu, et qui est arrivée elle-même à des résultats tout aussi brillants et comparativement cent fois plus brillants. Chez nous il n'y a d'original que le Moyen-Age. O pourquoi, pourquoi tout est-il tombé si bas ?

Is the world worn out? Has the human mind already given all it was capable of giving?

Est-ce que le monde est usé ? Est-ce que l'esprit des hommes a déjà donné tout ce qu'il pouvait donner ?

Look at what remains of the Ancients, and ask yourself what will remain of us after the same span of centuries.

Voyez ce qui reste des Anciens, et demandez-vous ce qui au bout du même nombre de siècles restera de nous ?

Notes

Corinne, ou l'Italie (1807) by Germaine de Staël — the romantic novel of an improviser-poetess in Rome. Marie strongly identifies with the heroine.
Santi Giovanni e Paolo — a basilica in Rome built over the homes of the martyred brothers; associated with the Passionist order. Marie sees a connection to the Antonelli family milieu.
Bon Pasteur (Good Shepherd) — a religious order dedicated to the rehabilitation of "fallen women," with a convent near Nice.
Monsignor — Italian honorary title for Catholic prelates, used in French without translation.
Lord Nelvil (Oswald) is the English protagonist of Corinne — a romantic but ultimately disappointing hero, whom Marie identifies with Pietro.
Cercle — exclusive gentlemen's social club (e.g., the Caccia-Club in Rome).
In the novel, Corinne is crowned as Italy's greatest poet at the Capitol — an image evoking Roman triumph that Marie invests with personal meaning.
Spirituelle — witty, intellectually lively; the French word carries a quality of vivacious intelligence that "witty" alone does not fully capture.