Diary of Marie Bashkirtseff

# Samedi 17 juin 1876

Oh — all these books are absurd. I have had enough: novels, philosophy, history — enough, enough!

Oh ! tous ces livres sont absurdes. J'en ai assez, romans, philosophie, histoire, assez, assez !

This morning I had my first lesson with Cresci. Always the same thing — that enormous voice which I lose ten times a year and always recover more beautiful, thanks be to God.

Ce matin j'ai pris la première leçon avec Cresci. Toujours la même chose, la même voix énorme que je perds dix fois l'an et que je retrouve toujours plus belle grâce à Dieu.

But I have never been as bored as I am now. Indeed — has anyone ever seen me never going out, spending most of my time reading or dreaming, no longer dressing, contenting myself with a wide white gown and my own hair rolled about my head?

Mais je ne me suis jamais ennuyée comme à présent. En effet, m'a-t-on jamais vu ne jamais sortir, rester la plupart du temps à lire ou à rêver, ne plus m'habiller, me contenter d'une robe large et blanche et de mes propres cheveux roulés autour de la tête ?

Audiffret is in Nice — I do not even go out into the street; I barely glance at the lit windows of the castle as I pass through the corridor. In a word, I care nothing whatsoever about him. I have been alone at home since nine o'clock this evening; it is one o'clock, I am not asleep, and I am not sleepy.

Audiffret est à Nice, je ne sors pas seulement dans la rue, je regarde à peine les fenêtres éclairées du château en passant par le corridor. En un mot je ne m'en soucie aucunement. Je suis chez moi seule depuis neuf heures du soir, il est une heure je ne dors pas et je n'ai pas sommeil.

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Throughout the whole time these lamentations lasted, I found Antonelli incomplete.

*Pendant tout le temps qu'ont duré ces lamentations j'ai trouvé Antonelli incomplet.*

I never loved him — I loved someone invisible who had loved me.

*Je ne l'ai jamais aimé lui, mais j'ai aimé quelqu'un d'invisible qui m'avait aimée.*

I beg you, in the name of all the shame I feel at having lowered myself so greatly through these complaints, to believe what I say.

*Je vous supplie au nom de tout l'ennui que j'ai de m'être tellement abaissée par ces plaintes, de croire en ce que je dis.*

Besides, you have seen for yourself that I only wrote that absurd "I love him" in the evening, under the weight of the memory of his love and thinking of our wretched situation. I was writing it on 15 June, etc... whereas, having returned from Rome in May, I had denied everything. Whatever I say, this adventure must and will be the most abominable thing in the world to me. If I had known this Antonelli in 1877 instead of 1876, I would have accorded him the same importance as Zunica, Porcinari, etc. — perhaps a little more, because of the papacy. The fact is I took him for someone accomplished, and he was nothing but a child who behaved badly instead of being a mad and fickle lord.

D'*ailleurs vous avez vu vous-même que je n'écrivais cet absurde je l'aime que le soir, sous le poids du souvenir de son amour et en pensant à notre misérable position. Je l'écrivais le 15 juin etc... tandis que, retournée de Rome en mai, j'avais tout nié. Quoique je dise cette aventure doit et sera tout ce qu'il y a pour moi de plus abominable au monde. Si j'avai?. connu cet Antonelli [en] 1877 au lieu de 1876, je lui aurais accordé la même importance qu'à Zunica, Porcinari, etc. peut-être plus à cause de la papauté. C'est que je le prenais pour quelqu'un de fini et il n'était qu'un enfant qui se conduisait mal au lieu d'être un seigneur fou et *volage.

That is to say, I am furious at having tormented myself over this affair, at having pushed myself forward so much — one ought to have let the man take the initiative. Fortunately what one will read further on will efface this abomination.

*C'est-à-dire que je suis enragée de m'être tourmentée pour cette affaire, de m'être avancée tant, il fallait laisser faire l'homme. Heureusement que ce qu'on va lire dans la suite effacera cette abomination.*

Oh! What a horror this man is — and how I detest him for what he made me say! If at least I had loved him! But to soil oneself for nothing — fie! Fie!

*Oh ! quelle horreur que cet homme et comme je le déteste pour ce qu'il m'a fait dire ! Si encore je l'avais aimé ! Mais se salir pour rien ! fi ! fi !*

Dina found a newspaper from 1871 — an Italian paper in which they are still all puffed up with pride at having entered Rome.1 A dialogue in verse between the Pope and Cardinal Antonelli — it is truly a very pretty satire. It made me feel entirely... rejuvenated — during dinner.

Dina a retrouvé un journal de 1871, un journal italien où ils sont encore tous bouffis d'orgueil d'être entrés à Rome. Un dialogue entre le pape et Antonelli, en vers ; c'est vraiment une très jolie satire. J'en fus toute... *rajeunie,* pendant le dîner.

Barely in my room I went to my photograph drawer — the Cardinalino's pictures are the first in it, so I have only to open the drawer to look.

A peine chez moi je suis allée à mon tiroir aux photographies, celles du Cardinalino * sont les premières, je n'ai donc qu'à ouvrir le tiroir pour regarder.

Truly it is tiresome. I had enough of my sad preoccupations — I had no need of all these absurd thoughts, all these unhealthy dreams! Every time I have believed I loved, I loved and kept myself quiet. Now I am not quiet. I am not even numb. I spend whole hours imagining that here he is — yes, that there he is, arriving, running towards me all happy, all dark — and that I, saying nothing, rush to meet him and swoon on his chest. I would do it just as I describe it.

En vérité c'est ennuyeux. J'avais assez de mes tristes préoccupations, je n'avais pas besoin de toutes ces pensées absurdes, de tous ces rêves malsains ! Toutes les fois que j'ai cru aimer, j'ai aimé et je me suis tenue tranquille. A présent je ne suis pas tranquille. Je ne suis même pas engourdie. Je passe des heures entières à m'imaginer que voilà... oui, que le voilà qui arrive, qui accourt vers moi tout heureux, tout brun, et que moi sans rien dire je me précipite à sa rencontre et m'évanouis sur sa poitrine. Je le ferais comme je le dis.

Oh — how wrong of him — but after all, why? He has kissed many women before me; I was one more; after me there will be others still. Besides, for that one does not even need to be a Don Juan — one can have as many as one wishes for one's lire.2 And I!... Well then, I was more agreeable — a noble mademoiselle, sixteen,3 pretty. It is all a charming and fragrant intrigue. That is all. And well, since I am not a man, I did not act as men do — and besides, for a woman it is entirely different; for a young girl, I mean; and therefore, I say, I am more affected, I think about it, I remember — and I am perhaps foolish enough to love. Foolishness arising from that nervous irritability into which I have fallen, which itself arises from all my accumulated long-standing sufferings.

Oh ! que c'est mal à lui, au fait pourquoi ? Il a embrassé beaucoup de femmes avant moi, j'ai été une de plus, après moi il y en aura d'autres encore. D'ailleurs pour cela il ne faut même pas être un don Juan, on en a pour ses *lires* autant qu'on veut. Et moi !... eh bien moi, c'était plus agréable, une demoiselle noble, seize ans, jolie. Eh ! c'est une intrigue toute charmante et toute parfumée. Voilà tout. Eh bien, comme je ne suis pas un homme, je n'ai pas fait comme les hommes, et par conséquent d'ailleurs, pour une femme c'est tout différent, pour une jeune fille veux-je dire, et par conséquent, dis-je je suis plus impressionnée, j'y songe, je me souviens et j'ai peut-être la bêtise d'aimer. Bêtise provenant de cette irritation nerveuse dans laquelle je suis tombée et qui, elle-même, provient de toutes mes souffrances accumulées depuis longtemps.

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Can one really group oneself with those women!!

*Est-il possible de se ranger avec ces femmes-là ! !*

And — God forgive me — I have bad thoughts: thoughts I have never felt; I have had them because one always knows enough, but I have never felt them before.

Et, Dieu me pardonne, j'ai de mauvaises pensées, des pensées que je n'ai jamais senties, je les ai eues parce qu'on sait toujours assez, mais je ne les ai jamais senties.

I believe I am like those fierce animals who, having scented blood, become more ferocious still.

Je crois qu'il en est de moi comme de ces animaux féroces qui ayant flairé le sang, deviennent plus féroces encore.

Is there not enough here for a whole novel? A young woman abandoned, reproaches, suffering, family scenes full of majesty... Truly — yet I do none of this.

N'y a-t-il pas de quoi faire tout un roman ? Une jeune fille abandonnée, des reproches, des souffrances, des scènes de famille pleines de majesté...En vérité, mais je ne fais rien de tout cela.

Besides, my dear family knows nothing. Audiffret spat on me after appearing to court me; Antonelli was in love... but one passes over the dénouement in silence. There would be cause for concern, however. The scandal with Mme de Camprien... besides, one knows what my family is like: so long as one says nothing to them, so long as they are left to vegetate in comfort. Oh — if it were a question of a cook or a tree to be felled or transplanted, it would be different.

D'ailleurs ma chère famille ne sait rien. Audiffret m'a craché dessus après avoir eu l'air de me faire la cour, Antonelli a été amoureux... mais on passe le dénouement sous silence. Il y aurait pourtant de quoi s'inquiéter. Le tapage avec Mme de Camprien... d'ailleurs on sait comment sont les miens, pourvu qu'on ne leur parle de rien, pourvu qu'on les laisse végéter à l'aise. Oh ! s'il s'agissait d'un cuisinier ou d'un arbre à abattre ou à transplanter, ce serait différent.

I was about to be indignant... to what end?

J'allais m'indigner... à quoi bon ?

Oh — look: no matter how I adopt my mocking and tranquil air, no matter how I think: it is not worth the trouble, affect superb disdains, say that I am still so young — no matter how I contain myself, I am horribly indignant, and this offence is very much alive, very wounding, very sad.

Oh ! tenez, j'ai beau prendre mon air railleur et tranquille, j'ai beau penser : cela ne vaut pas la peine, affecter des dédains superbes, dire que je suis encore si jeune, j'ai beau me contenir, je suis horriblement indignée et cette offense est bien vivante, bien blessante, bien triste.

When I loved the Duke — a man of horses, wine, and eccentricities, an Englishman — I was English; I occupied myself with horses, races, and stables.

Quand j'aimais le duc, un homme de chevaux, de vin, d'excentricités, un Anglais, j'étais Anglaise, je m'occupais de chevaux, de courses et d'écuries.

Audiffret made me sing the execrable Niçois songs. Antonelli makes me speak and think in Italian, sing opera airs, dream by moonlight, recite verses... Italian ones; makes me imagine balconies and columns everywhere, broad-brimmed hats pulled over the eyes and wall-coloured cloaks.4 I have become entirely poetic, just as I was once entirely material, coarse, and mocking. I love flowers, romances, verses. I admire Italian wit. This language intoxicates me.

Audiffret m'a fait chanter les exécrables chansons niçoises. Antonelli me fait parler et penser italien, chanter des airs d'opéra, rêver à la lune, réciter des vers... italiens, m'imaginer partout des balcons, des colonnes, des feutres rabattus sur les yeux et des manteaux couleur muraille. Je suis devenue toute poétique, comme j'ai été toute matérielle, rude et railleuse. J'aime les fleurs, les romances, les vers. J'admire les saillies italiennes. Cette langue m'enivre.

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I still admire all that — but I do not love Antonelli any the more for it.

*J'admire encore tout cela mais je n'en aime pas davantage Antonelli.*

Notes

A reference to the Italian army's entry into Rome in September 1870, completing the Risorgimento. Italian newspapers in 1871 were still celebrating the event. The satire concerns the Pope and his powerful Secretary of State, Cardinal Giacomo Antonelli (Pietro's uncle).
Lires: Italian currency — the implication is that any woman can be bought. A harsh and bitter reflection.
Marie writes "seize ans" (sixteen) here though she was in fact seventeen at the time; she may be referring to when she first encountered Pietro.
A reference to the romantic image of Rome — the city of cloaked figures, ancient architecture, and moonlit drama that Pietro Antonelli embodied in Marie's imagination.