Diary of Marie Bashkirtseff

# Jeudi 2 mars 1876

Maman has made a muddle of things — she let our apartment be let and we are obliged to move to the second floor. It is raining; we go to the Porta Pia, but we meet Plowden, who is turning back — the hunt has already set off. "I knew you would come," he says, "that is why I came." The weather clears and we go to look for lodgings.

Maman a fait des bêtises, elle a laissé louer notre appartement et nous sommes obligés de déménager au second. Il pleut, nous allons à la Porta Pia, mais on rencontre Plowden qui retourne, la chasse est déjà partie. Je savais que vous viendriez, dit-il, c'est pour cela que je suis venu. Le temps s'éclaircit et nous allons chercher un logement.

Around five o'clock we go out and stop to listen to the Pincio band. Plowden was coming down, but having seen us he turns back and comes to the carriage. O Gioia!1 Bruschetti, who was about to approach, retreats on catching sight of this gentleman. A thousand thanks. Plowden! But no — he comes over all the same, may the plague choke him! Oh, how I hate him, how he disgusts me! My God, rid me of this man! I will not listen to anything, I shall send him away. It will be kinder, and I shall be less tormented. He adores me — I can see it, I know it — and I detest him with all my heart, with all my soul!

Vers cinq heures nous sortons, et nous arrêtons écouter la musique du Pincio. Plowden descendait, mais nous ayant vu il retourne et vient à la voiture. 0 Gioia ! Bruschetti qui allait s'approcher s'éloigne en apercevant ce monsieur. Mille grâces. Plowden ! Mais non, il s'approche tout de même, que la peste l'étouffe ! Oh ! que je le hais, qu'il me dégoûte ! Mon Dieu débarrassez-moi de cet homme ! Je ne veux rien écouter, je le chasserai. Ce sera plus humain et je ne serai pas si tourmentée. Il m'adore, je le vois, je le sais, et je le déteste de tout mon cœur, de toute mon âme !

Why must nature be thus! A mystery of the human heart that wretched I shall never fathom. I do not speak to him; I speak to the Englishman, who pays me no end of compliments.

Pourquoi est-ce ainsi dans la nature ! Mystère du cœur humain qui ne sera pas pénétré par moi chétive. Je ne lui parle pas, je parle à l'Anglais qui me dit trente-six amabilités.

"There is your adoration — your adorer, I mean to say," he says, when the cardinalino arrives, for arrive he does — I can scarcely believe my eyes.

— Voilà votre adoration, votre adorateur veux-je dire, dit-il lorsque le cardinalino vient, car il vient, j'en crois à peine mes yeux.

He remains with Bruschetti at Maman's carriage door, then comes

Il reste avec Bruschetti à la portière de maman puis vient

to mine. I have the greatest difficulty in convincing him that the pink domino was not I. I say that I was at the ball, but in black, in a third-tier box, and that I saw him with a red domino and with a pink domino.2

à la mienne. J'ai toutes les peines du monde à lui faire croire que le domino rose n'était pas moi. Je dis que j'étais au bal mais en noir, dans une loge du troisième et que je l'ai vu avec un domino rouge et avec un domino rose.

To persuade him more effectively I say that the one at the Capitoline was me. It seems Plowden was greatly intrigued by the hood trimmed with silver; it seems I spoke to him at the Capitoline. He calls me the white rose.

Pour mieux le persuader je dis qu'au Capitole c'était moi. Il paraît que Plowden a été très intrigué par le capuchon garni d'argent, il paraît que je lui ai parlé au Capitole. Il me nomme la rose blanche.

"Word of honour," I say to Antonelli, regarding the masked ball.

— Parole d'honneur, dis-je à Antonelli, concernant le bal masqué.

"The word of an hour, yes," he replies.

— Parole *d'une heure, oui,* me répond-il.

I eat violets and suffer through Bruschetti's presence. At last he goes. Phew!

Je mange des violettes et souffre de la présence de Bruschetti. Enfin il s'en va. Ouf !

He is revolting — detest him, I beg you, have done with him! I cannot bear him! Lord have mercy!

Il est dégoûtant, détestez-le je vous en supplie, laissez-le ! Je ne peux pas le souffrir ! Miséricorde !

The band ceased playing long ago and still we are here!

La musique a depuis longtemps cessé de jouer que nous sommes encore là !

When the others had gone, Antonelli came back.

Quand les autres furent partis, Antonelli revint.

"Give me two violets," he says, "I am hungry now."

— Donnez-moi deux violettes, dit-il, j'ai faim à présent.

And he takes two violets from the bouquet at my bodice. We arrange to meet that evening at the Opera.

Et il me prend deux violettes du bouquet de mon corsage. On se donne rendez-vous pour le soir à l'Opéra.

Altamura, who was supposed to leave, stays on for the theatre. And indeed we all find ourselves there. Antonelli remains with us the whole time.

Altamura qui devait partir reste pour aller au théâtre. En effet nous nous y trouvons tous. Antonelli reste tout le temps chez nous.

The one I had been calling Cesaro is no more Cesaro than I am — he is the Marquis or Count Zucchini.

Celui que je nommais Cesaro n'est pas plus Cesaro que moi, c'est le marquis ou le comte Zucchini.

"He is married," says Pietro, "but his wife has gone — she refused to stay with him."

— Il est marié, dit Pietro, mais sa femme est partie, elle n'a pas voulu rester avec lui.

Zucchini — his name, his face — have the singular privilege of making me laugh. I succeed at last in fully convincing Antonelli that the pink domino was not I.

Zucchini, son nom, sa face ont le privilège de me faire rire. Je finis par entièrement persuader à Antonelli que le domino rose n'était pas moi.

"I am very glad of it," he says, "for she said things to me..."

— J'en suis très content, dit-il, car elle m'a dit des choses...

"Wicked things? How could you believe for a moment that I am capable of saying..."

— Vilaines ? Comment vous avez pu croire un instant que je suis capable de dire...

"Oh no, not wicked, but..."

— Oh non pas vilaines mais...

"Disagreeable."

— Désagréables.

"Yes."

— Oui.

He explains that he does nothing at all, and Maman lectures him. He says that today at the Pincio he had been waiting for us since two o'clock.

Il raconte qu'il ne fait rien, maman le prêche. Il dit qu'aujourd'hui, au Pincio, il nous attendait depuis deux heures.

"I should very much like to occupy myself with business," he says later, "but Papa gives me nothing. Charming, that."

— Je voudrais bien m'occuper d'affaires, dit-il plus tard, mais papa ne me donne rien. C'est charmant.

O malediction! There is Bruschetti. To avoid being obliged to talk to him I tell him I am tired, in bad humour, that my heart is travelling through unknown countries and will never stop. And the brute stands there, sighs, perspires, and makes my nerves scream!

O malediction ! voilà Bruschetti. Pour ne pas être obligée de lui parler je lui dis que je suis fatiguée, de mauvaise humeur, que mon cœur voyage dans des pays inconnus, qu'il ne s'arrêtera jamais. Et la brute reste là, soupire, transpire et m'énerve !

I have the excellent habit of looking into men's shirt cuffs and through the gap in the shirt that sometimes falls open at the chest when one leans forward. And what did I see on Bruschetti! Heaven and earth! A flannel undershirt — tartan!!

J'ai l'excellente habitude de regarder dans les manchettes des hommes et à travers la fente de la chemise qui s'entrouve quelquefois sur la poitrine quand on se baisse. Et j'ai vu chez Bruschetti ! Ciel et terre ! Un pourpoint de flanelle, écossais II!

Antonelli leaves, Altamura too; I stay another ten minutes and then we go. A little more and I would have collapsed in a nervous fit. This Bruschetti poisons everything for me! He puts us into the carriage! I climb our staircase howling like a wounded dog. If only this infamous Italian could die — for I shall not send him away; he must come to Nice, and there I shall refuse him my heart and everything else, in the presence of all the dogs of the city.

Antonelli s'en va, Altamura aussi, je reste encore dix minutes et nous partons. Un peu plus et je tombais par terre d'une attaque nerveuse. Ce Bruschetti m'empoisonne tout ! Il nous met en voiture ! Je monte notre escalier en hurlant comme un chien blessé. Si cet infâme Italien pouvait mourir, car je ne le chasserai pas, il faut qu'il vienne à Nice et c'est là que je lui refuserai mon cœur et tout le reste en présence de tous les chiens de la ville.

Let us drop, let us drop this maddening subject!

Laissons, laissons cet énervant sujet !

I believe Antonelli is toying with me. I am mad about him just now and I am dying to hear him say that he is mad about me.

Je crois qu'Antonelli se joue de moi. J'en suis folle pour le moment et je meurs d'envie de lui entendre dire qu'il est fou de moi.

He is a child — he speaks like a child and tells things in a naïve and charming manner, while being a thoroughgoing rogue. I like him too much to have any ill intentions toward him. No, truly my intentions are entirely honourable.

C'est un enfant, il parle comme un enfant et raconte d'une façon naïve et charmante tout en étant une grande canaille. Il me plaît trop pour que j'ai de mauvaises intentions contre lui. Non, vraiment j'ai des intentions tout à fait honnêtes.

What is one to do with a woman who cannot live without love! It is a perpetual fever. I only hope I shall have no trouble with the cardinalino. I am already afraid — after all, I have learned my lesson on that score.

Que voulez-vous faire avec une femme qui ne peut pas vivre sans amour ! C'est une fièvre perpétuelle. Pourvu que je n'aie pas d'ennuis avec le cardinalino. J'ai déjà peur, dame je suis payée pour cela.

Now my room and the drawing room are quite separate from the other rooms. Left alone I fell to dreaming of Antonelli. Does he dream of me? How degrading! Well, well — these are old refrains.

A présent ma chambre et le salon sont tout à fait séparés des autres pièces. Restée seule je me mis à rêver à Antonelli. Rêve-t-il à moi ? Dégradation ! Bien, bien, ce sont de vieilles phrases.

Never the one I want! In Nice it was Galula, here it is Bruschetti. There are nine letters in Audiffret and nine in Antonelli. Both names begin with A. It has been a long time since I last wrote to Brother Émile of penury and rope. May the devil take him. Saint Peter is a great deal grander than a simple monk.

Jamais celui que je veux ! A Nice Galula, ici Bruschetti i Dans Audiffret il y a neuf lettres, dans Antonelli aussi. Tous les deux noms commencent par un A. Il y a longtemps que je n'ai plus écrit au frère Emile de la misère et corde. Que le diable l'emporte. Saint-Pierre est bien plus grand qu'un simple moine.

I am a girl.

Je suis une fille.

Notes

O Gioia! — Italian: "Oh Joy!" In the original.
Domino — a masquerade costume consisting of a loose cloak and half-mask, common at Carnival balls.