Monday, 7 February 1876
God, what weather! One moment it is clear and the sun shows itself; the next it hails and great pieces fall from the sky that are neither hail nor snow but something of their own peculiar kind.# Lundi 7 février 1876
Nous avons des lettres de Nice.
Ma tante a vu Danis qui me fait transmettre ses plus humbles salutations et qui a parlé de moi comme toujours, avec une espèce de respectueuse admiration mêlée d'un certain ébahissement.
Les murs sont déjà tendus dans ma chambre de sorte qu'à mon retour je trouverai tout à sa place. Enfin ! Oh ! ne nous réjouissons pas d'avance, car quelque méchant esprit me guette pour me gâter mon plaisir.
Le grand jour est passé, Vigier a chanté. Ah ! je répète toujours la même thing. Malgré un temps détestable nous nous promenons au Corso et je vois le petit qui nous suit en voiture. Est-ce que cet homme et Soroka ne seraient pas une seule et même personne ? Celui-là a un teint un peu jaune, Soroka ne l'a pas ainsi, et pourtant il lui ressemble, la différence des teintes est peut-être due à la lumière du gaz. Si cet homme n'est pas Soroka, où est donc le vrai Soroka ? Nous l'aurions vu au moins une fois le jour. Si cet homme est Soroka... non Soroka est mieux, ils se ressemblent tous ici, c'est une pitié. Enfin voilà, Soroka est plus joli que ce petit et si Soroka n'est pas Soroka, bigre je m'embrouille.
Au moment où nous descendons de voiture à la porte de l'hôtel je vois le petit... comment le nommer ? disons le petit Soroka et son *Galula* qui nous regardent rentrer.
Aussitôt nous nous mettons à table et les deux hommes se portent au milieu de la place et regardent nos fenêtres. Maman, Dina et les autres en riaient déjà, mais moi, plus prudente, et craignant m'animer pour deux faquins peut-être, car je n'étais pas sûre que ces deux hommes fussent les mêmes que ceux à la porte de l'hôtel, j'envoyai Léonie dans une boutique en face en lui recommandant de bien examiner ces deux personnes et de venir me les décrire... Léonie revient et me décrit le petit Soroka - ce sont des messieurs tout à fait comme il faut - dit-elle. Et juste en ce moment la figure de l'un deux s'éclaire par un cigare allumé et je reconnais le petit.
Dès ce moment on ne fait qu'aller aux fenêtres, observer en se mettant derrière les jalousies, rire et faire de l'esprit sur ces deux malheureux qui sont là exposés à la pluie, au vent et à la neige. Il était six heures quand nous sommes rentrées et ces deux anges ont la patience de rester sous nos fenêtres jusqu'à onze heures moins le quart. Dina n'a pas cessé de les lorgner, peut-être même d'une façon trop visible car ils finirent par se poster sous ma fenêtre et par regarder en haut. Mais quelles jambes il faut avoir pour rester ainsi cinq heures moins un quart debout.
[Mots noircis: Nous nous alarmons déjà] à neuf heures du soir, disant qu'ils vont prendre froid et Dina accourut de sa fenêtre pour nous annoncer que tous deux sont si enrhumés qu'ils se mouchent dans le même mouchoir. Ils exécutent toutes sortes de manœuvres et le petit Soroka va s'appuyer au mur sous ma fenêtre, s'asseyant à moitié sur son parapluie. Ils ont sans doute entendu les volets s'entrouvrir, puis nos courses par les chambres et nos rires étouffés. Lola a renversé toute une table avec cuvettes, pots à eau, etc. etc. C'était tout un bain froid. Mais Dina a commencé à trop se montrer, et comme je n'aime rien de vulgaire, je fermai de suite tous les volets, d'ailleurs il était près de onze heures et nos Lindor s'en allèrent.
Pendant qu'ils montaient cette garde patiente maman racontait Audiffret à Domenica, arrondisant, augmentant. Et [je] devins tout agitée pendant cette conversation au point de me couper le doigt. Tout en me laissant par faiblesse et par vanité un peu tromper sur des phrases que je connais mieux que personne, je finis par dire à Domenica que tout cela était bête, que le garçon voulait me rendre amoureuse de lui et que je voulais le rendre amoureux de moi, [Mots noircis: ça ne] pouvait donc pas aller longtemps ainsi. C'était drôle d'entendre le résumé de toute cette histoire (ancienne et sainte ?).
Le fait est que le Surprenant a posé pour moi, il a même porté mes couleurs. Pourquoi diable cela s'est-il si mal à propos dérangé ? Mais jamais il n'est resté pendant cinq heures de suite sous ma fenêtre, par un froid de chien et avec la pluie et la neige sur la tête.
Tout cela est fort bien et avant de m'en aller je lève les yeux au ciel et de l'air le plus doux et le plus pieux que j'ai pu trouver je prononce ces paroles:
- Mon Dieu, je vous promets de consacrer les premiers mille francs que j'aurai à moi, pour louer des hommes qui bâtonneront Audiffret.
Car voyez-vous, Audiffret c'est la plus grande canaille de la terre, avant de me connaître il me taquinait déjà de toutes les façons.
Tout est calcul en lui, tout est mesuré d'avance, tout est pour quelque chose; tout est précédé d'une méchante pensée. Rien de sincère, rien de bon. Il ne faut chercher en lui ni sentiment d'honnêteté, ni franchise. Calcul, caprice, méchanceté et vanité.
Mon caractère *tout craché.*
Et c'est le caractère qui plaît le plus. Quant à moi je ne sais pas aimer la bonté et la droiture toutes simples, tout en leur rendant justice. Il me faut le vice. Fi !