Tuesday, 1 February 1876
Monseigneur1 sent word this morning to say he was feeling a little better and would like to see Maman. We go to see him — he becomes more and more charming. He wanted to see us in order to introduce us to his kinswoman, the Comtesse de Reculât, who sings like la Patti2 and moves very much in the world.# Mardi 1er février 1876
- Je lui ai dit, dit de Falloux, que j'allais lui donner deux charmantes dames russes et qu'elle devait les amuser, les conduire partout, en un mot, enfin je veux qu'elle me dise qu'elle a été enchantée de vous, elle reçoit à six heures et sera charmée de vous voir chez elle.
Mais survient un monseigneur très maigre, puis un monseigneur très gros, et nous laissons les trois monseigneurs ensemble.
Lola et sa mère iront chez le pape, moi aussi; à présent j'ai une robe noire ravissante (et je vais me montrer un peu aux cardinaux qui examinent les femmes comme de vrais *Sorokas.*
Mais oh ! sur la place d'Espagne nous rencontrons M. et Mme Teplakoff. Embrassades et joie.
Au Pincio. Je ne parviens pas à voir Soroka le jour. Vous savez que Soroka est joli, autant que j'ai pu voir.
Il y a un officier qui a de magnifiques chevaux et que nous nommons prince Ruspoli parce qu'il ressemble à un portrait de ce prince que j'ai vu chez Suscipi.
Peut-être est-ce le vrai Ruspoli. N'importe, c'est seulement pour dire que nous le trouvons très beau, très beau, très beau. Si beau que Lola ne jure que par lui, et que je vais me commander une petite jaquette en drap gris-bleu comme les officiers.
A dîner on apporte une lettre avec cette adresse étrangère:
C'est M. Georges de Babanine qui écrit à ma mère une lettre de mendiant, on lui cache heureusement notre adresse.
D'après sa lettre on peut supposer qu'il a envie de venir à Rome pour adoucir notre existence.
Cette lettre lâche, humble et fanfaronne, me fait souvenir à la fois de tout le tort que cet homme m'a fait, si j'étais aussi grasse que Ruspoli j'aurais eu un coup d'apoplexie, mais je ne suis pas si grasse et j'ai seulement un violent battement du cœur, et tout mon sang se porte à ma tête et je rentre dans ma chambre pour cacher mon tremblement nerveux et mes dents claquent et je ne peux pas ne pas détester ce fantôme ignoble qui m'empoisonne la vie.
- N'oublie-pas, écrit-il, que notre pauvre mère m'a recommandé à toi !
Lâche comédien. Chaque fois qu'il avait besoin d'argent il venait chez Dina lui parler du "pauvre petit Etienne qui est mort" mais un jour elle lui dit:
Il demande pardon, il promet de se corriger, il veut vivre honnêtement loin de Nice. Misérable, infâme !
Oh ! ne m'accusez pas de dureté ! croyez bien qu'il me coûte d'être dure et de ne pas le plaindre.
Mais je le connais, il fera comme le fils de Milady avec Athos qui lui tendait la main pour le sauver. Ses humbles prières, ses phrases rampantes, tout cela est calcul, vilenie, bassesse !
Il fallait voir ce qu'il écrivait à maman lorsqu'il voulait qu'on lui achète une villa.
Elle n'en dormait pas les nuits et pleurait sur le malheureux sort de son pauvre frère.
A présent on lui a acheté deux villas, qu'il veut revendre.
Paul sera un second Georges, je le crains. Mais il ne tuera pas mes enfants, ni moi-même.
Je le renierai devant tout le monde, je me garantirai contre ses vilenies.
A présent qu'il est loin, il me semble meilleur, mais je sais bien que je me trompe, je sais bien qu'il est et sera un misérable. Je l'aime peu, depuis qu'il est loin je n'y pense presque jamais, seulement quelquefois pour me dire: tiens et mon frère ? Je l'ai tout à fait oublié.
C'est une lâcheté de la part de ma mère de l'avoir laissé faire (lui Georges), de compter pour rien sa fille, moi.
Dieu, est-ce possible que je ne sois dans ce monde que pour souffrir ? Est-ce que vraiment ma vie ne sera qu'un enchaînement de malheurs, plus ou moins grands ? !
Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Je voudrais quelqu'un pour lui dire ma tristesse, un prêtre, un jésuite, une canaille, n'importe qui, pourvu qu'il me console I
J'ai besoin de bonnes paroles, qui me feraient pleurer, puis je prierais.
Sainte Vierge Marie, protégez-moi !
J'ai fait faire la bonne aventure par Domenica, soit disant pour Soroka, en réalité pour le Surprenant. Elle me dit qu'il s'occupe d'une dame qu'il voit beaucoup, mais qu'il pense à faire un voyage pour retrouver une fille blonde qu'il voudrait épouser si elle est riche. Mais pour le moment il est très occupé de ses propres affaires. La fille blonde est loin de lui, l'autre est tout près, et il parle avec d'autres personnes d'aller retrouver la blonde et même de la demander en mariage, si elle est riche.
Que je suis loin de lui, c'est assez exact, quand... d'ailleurs je ne crois pas aux cartes.
Je suis si faible ce soir que je pense à Audiffret et je rage de son dédain. Quand je suis énervée je ne me connais plus.
Mon Dieu !
J'ai répondu à Georges pour ma mère:
Par votre lettre j'ai vu que vous pouviez venir à Rome et aujourd'hui même tout sera emballé et demain nous allons dans une autre ville de l'Italie. On a assez de vos scandales à Nice et j'ai été obligée de quitter à cause de vos saletés.
Il est inutile de m'expliquer davantage: M. Georges Stepanovitch de Babanine fait savoir que Mme D. Kandibine qui se dit Mme Babanine n'a pas le droit de porter ce nom attendu qu'il n'a jamais été marié avec elle.
Pas de signature, c'est plutôt un avis qu'une lettre. Je voulais lui dire seulement comment on a compris ses humilités. Pourvu que ma mère n'écrive rien en cachette de moi.
J'ai écrit à ma tante une lettre de huit pages que j'ai arrosée de mes larmes de rage impuissante. On plaint Georges, et moi et moi !
Personne ne veut me comprendre, on me fait des robes ! Des bottines, des chapeaux, et on laisse me mêler avec la boue et on m'assassine tous les jours.
MON DIEU !