Thursday, 28 October 1875
# Jeudi, 28 octobre 1875
La musique a joué depuis deux heures et demie, ce qui veut dire que la saison est commencée. Mais aussi, peu de personnes savaient le changement et l'aspect de la Promenade a été fort misérable, surtout, parce que Lachaud plaide dans l'affaire de ce petit [illisible] qui a tué Brémond. Tout le monde est aux assises.
En passant nous sommes entrées chez Antonoff, ce brave homme nous a montré sa villa. Je suis avec lui comme avec les femmes de la rue de France et mes bonnes amies les poissardes.
Au moment de nous mettre à table arrivent mes Grâces, et le soir nous allons au théâtre.
Je me cache derrière Dina, libre ainsi de regarder qui me plaît, et je profite de cette liberté pour regarder d'Audiffret qui entre dans sa loge avec un visage si méchant que tous les nôtres en font la remarque. Je suis contente, quand je ne le vois pas, je m'ennuie, cachée je puis le regarder librement. Et c'est étrange quand il riait, je riais, et quand il devenait sérieux, je devenais sérieuse et pensive. Je l'aime beaucoup.
[Annotation: 23 novembre 1875, Paris. Oh ! Ho !]
Au deuxième entracte je me montre à tout le théâtre qui est plein et puis me retire de nouveau dans l'ombre.
Je me suis montrée car je craignais qu'il ne vint, me sachant absente. Je me suis épargnée un désagrément, et peut-être je me suis privée d'un plaisir.
Fiouloulou vient nous raconter ce qui s'est passé aux assises, après lui entrent le Surprenant et Pépino qui a pris au sérieux les choses et qui arrive sous l'impression de l'autre soirée. Il me *regarde* et se met derrière moi et me parle; mais ce soir je suis égale avec tous et le Surprenant est meilleur pour moi. Ce qu'il faut faire pour l'améliorer m'ennuie beaucoup, mais c'est le seul moyen. Je voudrais toujours lui parler et si je fais cela il me traitera en chien.
La Prodgers avec Roissard son amant, dans une baignoire en face se met à bailler et à grimacer en voyant ces gens chez nous.
Pourquoi les femmes baillent-elles quand elles sont jalouses et envieuses ? Ma mère a remarqué cela cent fois, et moi aussi autant de fois que j'ai eu le temps dans ma petite vie.
Je redemande mon portrait.
— Vous ne l'avez plus, Monsieur. Et à qui vous l'avez donné !
— Non, écoutez, il est très joli, j'aime beaucoup le fond noir.
— Celui que je vous donnerai est aussi sur fond noir.
— Ah ! alors...
— Châtelain fougueux ! si vous vouliez me faire un plaisir, voulez-vous me le faire ? Soyez gentil, bien gentil, rendez-moi mon portrait, dis-je vraiment, gentiment.
— Et après vous ne m'en donnerez pas un autre, dit-il ébranlé.
— Ah ! quand j'ai pris l'autre pour gratter l'inscription, je vous ai donné ma parole de vous le rendre, vous l'ai-je rendu ?
— Oui.
— Eh bien ?
J'espère qu'il le rendra, et je crains de n'avoir pas assez de caractère pour le tromper et ne pas lui donner un autre.
Cette créature dit à Giroflé une impertinence comme l'autre soir à moi.
— Mademoiselle, vous avez dormi sur votre nez, voyez il penche vers le côté gauche.
C'est vrai, Olga a ce défaut, qui ne lui empêche pas cependant d'être jolie. Avec elle cette impertinence a un tout autre caractère; ils se disent toute sorte de chose, et personne n'a même fait attention à ce qu'il a dit.
C'est curieux comme les deux petits gris, les deux petits singes Danis et le comte Laurenti, lorgnent à deux dans une petite baignoire noire.
Tous ces gens-là, ceux qui viennent dans la loge je veux dire, viendront demain chez nous...
Comme avant !
Ma tante ne manque pas de m'empoisonner la soirée par quelques flèches qu'elle vient me lancer pendant que je me déshabille.
Mais bah !