Saturday, 10 July 1875
# Samedi 10 juillet 1875
Humeur massacrante !
Je ne sors pas, je suis tourmentée et triste. Je n'ai envie de voir personne.
Je dîne seule toujours dans la grande maison, je ne vais plus du tout au pavillon.
La voilà cette fête du Jardin Public. Pour tous un plaisir, pour moi une torture ! On ne peut s'y amuser qu'étant patron-nesse.
Toutes ces péronnelles de Nice le sont. Enfin pourquoi décrire mon tourment éternel !
Girofla vend des billets dans une cage, nous lui en achetons, mais peu.
Je m'ennuie à mourir. Je suis furieuse. Je veux m'en aller, mais à la porte, désespérée je change d'avis et nous retournons. Je suis avec mes deux Grâces et ma tante avec Nina.
Le jardin illuminé, ces trois orchestres, ces chanteurs, ce public, tout m'énerve !
On tire la tombola d'Audiffret à dix heures et demie, il y a des lots très amusants.
Du vin, un mouton vivant, un paon, etc. etc. Girofla est un grand seigneur parmi tous ces gens-là, habillé de gris comme au temps où il imitait celui qui est, il court, se dépêche, est partout et cela avec un fort bon air et fort bonne contenance.
Mais il laisse là sa tombola et vient vers nous, je baîlle comme une misérable et ne fais pas attention à lui.
[En travers: Pourquoi lui avoir montré cette froideur ! Je l'ai peut-être repoussé I]
Il s'en va et Godard vient et reste tout le temps avec nous. J'en fais ce que je peux et, vers la fin, suis réveillée et égayée de sorte que lorsque Girofla vient pour la seconde fois il me trouve riant avec mon Désiré. Je lui adresse à peine la parole, souvent je fais semblant de ne pas entendre ce qu'il me dit, comme il a fait pour moi.
En un mot, si Audiffret cares for me only as much as 1 care for him, je ne lui dis plus rien. Car ce garçon m'a plusieurs fois fâchée et humilée. Je crois que j'ai tout rendu. Je ne puis le sentir ni le voir puisque ce n'est pas moi; mais je crois que oui.
Il nous mène au buffet, en partant je donne la main à Godard et salue de loin mon objet.
Nous avons parlé avec ma tante de cela, et je lui ai dit que le prendre est difficile parce que ce n'est pas un innocent garçon, mais bien un roué de premier ordre. Et j'ai ajouté que ce ne serait pas désagréable de le prendre, que je serais enchantée et que alors il verrait le misérable garçon que je le, que je., etc. etc. etc.
Godard dans huit jours passe ses examens, ça me rappelle le vilain Polonais.
Les Sapogenikoff montent dans leur voiture et nous dans la nôtre et à minuit on va chercher Smirnoff dans son hôtel mais il est à Monte-Carlo.
Ai-je dit qu'on a tiré un feu d'artifice qui nous a fourni un sujet de conversation avec Désiré.
Je ne puis pas écrire, je suis énervée.
Maintenant Audiffret est beau, noble, grand seigneur, gentil etc. etc. Parce que je le méprise tout haut ma tante l'élève jusqu'aux cieux. Je me plais à l'entendre vanté par elle qui en disait tout le mal possible quand j'en disais du bien.