Thursday, 3 June 1875
Omnes homines qui sese student praestare ceteri animalibus summa ope miti decet vitam silentius ne transeant, veluti secôra, quae [sic] natura prona atque ventri obedientia finxit.
*Doit faire de grands efforts pour ne pas passer ses jours dans l'oubli .*
Entendez-vous ! Eh bien à la bonne heure, Salluste, tu es mon homme.
Laissons-là Salluste, passons à Girofla. Ma tante a menti quand elle a dit qu'elle avait invité cet homme pour ce soir. Ce n'est qu'à la musique lorsqu'il nous dit qu'il va à Monaco, qu'elle lui dit:
— Au lieu d'aller à Monaco venez chez nous.
Il répondit qu'il était enchanté, que sans doute ce lui sera un plaisir bien plus grand etc.
A huit heures on ouvre toutes les portes, on éclaire le premier et je descends, en blanc comme toujours, robe Archiduc.
Arrivent Nina et son Paris, Marie et Olga, mais je commence à me lasser de ces bonnes filles.
Galula entre et deux minutes après Audiffer, très bien mis et gentil. Puis Ricardo (Barnola) et c'est tout.
Je présente Girofla à maman et à Dina et échange avec lui quelques paroles de cet air de colombe doux et souriant que j'ai pris ou plutôt qui m'a pris depuis le commencement.
Les hurlements commencent, Barnola, puis Pâris, puis Collignon, puis encore Barnola, puis Pâris et ce dernier chante si fort que je ne sais où me mettre.
[Deux lignes cancellées]
C'est stupide, quand il faudrait être jolie je ne le suis pas et quand il n'y a personne comme l'autre soir...
Enfin soyons comme nous sommes, que faire !
Il n'y a pas moyen d'avoir cinq minutes de conversation suivie avec d'Audiffret, il saute toujours.
J'ai changé d'avis et je le trouve mieux de près que de loin. Collignon a dit: "Il gagne énormément de près. On peut détailler tous ses traits, il a une bouche ravissante, des yeux superbes, un nez long mais bien fait joli, un teint admirable; et puis de loin il a l'air commun et de près... de près il n'a pas du tout l'air commun.-" Je répète ses paroles non parce que Collignon est une autorité, mais parce que je suis parfaitement du même avis qu'elle et qu'il me convient mieux [de] répéter ce qu'elle a dit que de parler moi-même.
Mais si je le reconnais aussi beau je dois être amoureuse de lui... aussi.. Eh bien non, pas du tout, et cela m'étonne. Mais pas du tout et je répète encore une fois que cela m'étonne grandement.
[En travers: J'ai toujours pensé comme ça dans ces sortes d'affaires.]
On passe dans la salle à manger où le thé et les fruits sont servis sur mon argenterie de Russie. D'Audiffret est à côté de moi à table. Après le thé on se disperse un peu.
Je ne suis pas amoureuse de Girofla parce qu'il n'est pas du tout *Hamilton.* Cependant, pendant qu'il est appuyé à la cheminée je ne peux m'empêcher d'admirer sa brillante et jeune figure, si fraîche et éclatante de couleurs.
Voyez je reconnais tout cela et pourtant... C'est qu'il lui manque ce certain je ne sais quoi.
*Je* n'aime pas le voir si ami de Galula qui est un garçon tout à fait simple. Un clerc de notaire, fi !
Je le souffrais tant que j'en avais besoin mais depuis que je connais Audiffer.
Ce que je dis là, est vilain; mais, hélas ! vrai.
En partant Audiffer m'a encore fortement serré la main, je crois que c'est simplement sa manière.
Je n'ose pas dire ce qui me vient à la pensée, bah ! devant moi ça ne fait rien. Allons vivement !
Eh bien, en touchant sa main je reçois la même espèce de secousse électrique que [je] sentais en touchant celle de l'affreux Polonais. J'ai touché la main à bien des hommes et seulement deux me font cet effet; or, comme Merjeewsky m'aimait, j'ai cru pouvoir supposer que Girofla.
Avec quels ménagements je dis cela bon Dieu ! C'est que I on est si ridicule quand on se trompe en pareilles matières.