Diary of Marie Bashkirtseff

I boil, I burn, I melt!

Je bous, je brûle, je fonds !

For it is the grand affair of the Château de Castellardo — just as in Madame l'Archiduc.

Car c'est la grande affaire du château de Castellardo -comme dans "Madame l'Archiduc".

But let us not forget to say first what I did at the baths.

Mais n'oublions pas de dire d'abord ce que j'ai fait au bain.

I go there with my aides-de-camp; Walitsky and Yourkoff follow us.

J'y vais avec mes aides de camp, Walitsky et Yourkoff nous suivent.

Girofla saw us arrive, and the moment we sat down his second, Saëtone, comes over to us — and then he himself, with the air of saying: oh! oh! there you are.

Girofla nous vit arriver et aussitôt que nous nous assîmes, son second, Saëtone, vient près de nous puis lui en ayant l'air de dire : oh ! oh ! vous voilà.

The moment he approaches I say: Come, let us go, Marie, Olga — and we leave.

Aussitôt qu'il s'approche je dis: Allons, partons Marie, Olga - et nous partons.

You've been well caught, handsome man of Nice. You didn't expect that! He follows us out.

Tu es bien attrapé beau Niçois. Tu ne t'y attendais pas ! Derrière nous il sort.

Well done, my dear girl — you have character.

C'est bien fait ma chère fille, tu as du caractère.

[Two lines crossed out: I dress for the theater]

[Deux lignes barrés: Je fais toilette pour le théâtre]

I was so moved (at the baths) by Lucie's kindness in coming to take me by the hand and speak with me. I am so alone, so forsaken, that the slightest show of courtesy touches me.

J'étais si sensible (au bain) à l'amabilité de Lucie qui est venue me prendre par la main et me parler. Je suis si seule, si délaissée que la moindre marque de politesse m'attendrit.

For the theater I dress — a white Worth gown. My seconds are also in white, my aunt too, and Pâris too.

Pour le théâtre je fais toilette, robe blanche de Worth. Mes secondes sont aussi en blanc, ma tante aussi et Pâris aussi.

I wished to dress differently, but I thought that despite the sameness of colour I shall always be different from the others — always myself.

Je voulais m'habiller autrement, mais j'ai pensé que malgré l'uniformité de la couleur je serai toujours différente des autres, toujours moi-même.

At Ravel's entrance on stage I throw him a bouquet, and he gives me two of his monkey smiles — he is charming.

A I entrée de Ravel en scène, je lui jette un bouquet et il m'adresse deux de ses sourires de singe, il est charmant.

Galula is with Audiffer.

Galula est avec Audiffer.

Last Sunday I wanted, for our amusement, to stop him in the street (Galula, that is) to inquire after Desforges, the notary in whose office he works.

Dimanche dernier je voulais pour nous amuser l'arrêter dans la rue (lui Galula) pour lui demander des nouvelles de Desforges, le notaire chez lequel il travaille.

Faithful to my promise of contempt, I do not look down. But the door opens and Marie exclaims: There is Galula!

Fidèle à ma promesse de mépris je ne regarde pas en bas. Mais la porte s'ouvre et Marie s'écrie: *Voilà Galula !*

After the first exchanges:

Après les premières phrases:

— How is M. Desforges, I say — is it true he is unwell?

— Comment va M. Desforges, dis-je, est-ce vrai qu'il est malade ?

Marie and Olga burst out laughing, and I, having bitten my lips till they bled, do as they do; Galula looks and follows our example; my aunt and Pâris join in. For five minutes Maître Desforges amuses us — I joke and banter with little Alulag.

Marie et Olga éclatent et moi, après m'avoir mordu les lèvres jusqu'au sang fais comme elles, Galula regarde et suit notre exemple, ma tante et Pâris font chorus. Pendant cinq minutes maître Desforges nous amuse, je plaisante et badine avec le petit Alulag.

When we have calmed ourselves, he leans towards my aunt: Madame, I have a favour to ask of you — then, lower — allow me to present to you my friend M. Émile Audiffret. I hear no more. I have something like a corkscrew in my heart, and am filled with joy and ease. An unhoped-for triumph.1

Quand nous nous calmons il se penche vers ma tante: Madame, j'ai une permission à vous demander, puis plus bas, permettez-moi de vous présenter mon ami M. Emile Audiffret. Je n'écoute pas davantage. J'ai comme un tire-bouchon dans le cœur, et suis remplie de joie et d'aise. De triomphe inespéré ^1^

[Annotation: 1877. One of the finest moments of my life. 1880. Approved. Not for any intrinsic worth, but it is the greatest volume of joy I have known in my life — I acknowledge that, while also acknowledging it was certainly neither the finest event nor the most brilliant triumph.]

[Annotation: 1 877. Un des plus beaux moments de ma vie. 1880. Approuvé. Non comme ayant une valeur intrinsèque mais c'est le plus grand volume de joie que j'aie eu dans ma vie, le reconnais tout en reconnaissant que ce n'était certes ni le plus bel événement ni le plus éclatant triomphe.]

I have often desired many things, and never has what I desired come to pass; never have I experienced a satisfaction so ardent, so pleasant, so fulfilling. I could not believe my ears.

J'ai souvent désiré et bien des choses, et jamais ce que j'ai désiré ne s'est accompli, jamais je n'ai éprouvé un contentement aussi ardent, aussi agréable, aussi satisfaisant. Je n'en croyais pas mes oreilles.

[Annotation: 1877. The greatest pleasure I have had up to now — perhaps because it was the first time. 1880. Approved. In sum it was almost nothing, but I had pleasure from it a hundred thousand times over.]

[Annotation: 1877. Le plus grand plaisir que j'ai eu jusqu'à présent, peut-être parce que c'était la première fois. 1880. Approuvé. En somme ce n'était presque rien mais j'en ai eu du plaisir pour cent mille fois.]

One can see that I am sincere — that I do not play the dainty, disdainful one. Marie and Olga leap towards me: Go away, go away, I tell them without stirring — for in the Durand box, hidden behind the portly father Saëtone, Audiffer is watching for the effect his friend's words are producing. Danis, from behind the shoulder of the same lightning rod, peers at us through his glass.

On voit que je suis sincère, que je ne fais pas la petite bouche, la dédaigneuse. Marie et Olga bondissent vers moi, *Allez-vous en, allez-vous en*, leur dis-je sans bouger car dans la loge des Durand, caché derrière le gros papa Saëtone, Audiffer guette l'effet que produisent les paroles de son ami. Danis, de derrière l'épaule du même paratonnerre, nous lorgne.

At last! It was time — after six months of desperate coquetry. I was already planning a revenge. Good people, hear the end of the story.

Enfin ! il était temps, après six mois d'une coquetterie désespérée. Je méditais déjà une vengeance. Bonnes gens écoutez la fin de l'histoire.

I thought I heard Galula say — in the next interval.

J'ai cru entendre dire à Galula - *dans le prochain entracte.*

How long the play lasted is impossible to say. I am on burning coals and my heart pounds. And why? For a man I do not love even a little. Why?

Ce qu'a duré la pièce est impossible à dire. Je suis sur des charbons brûlants et mon cœur bat. Et pourquoi ? Pour un homme que je n'aime pas même un peu. Pourquoi ?

Because I thought he loved me, and in all the world there is no joy equal to what one feels in knowing or believing oneself loved. Women — true women — will understand me.

Parce que je pensais qu'il m'aime et qu'au monde il n'y a pas une joie égale à celle qu'on éprouve en se sachant ou en se croyant aimée. Les femmes, les véritables femmes me comprendront.

The curtain falls. Galula and Girofla stand with their arms around one another — at last they leave. I compose my face, and everything trembles inside me. I wait one minute, two, three, five, ten minutes — at last the bell rings, the curtain rises, and the two men, Almaviva and Figaro, enter.

Le rideau tombe, Galula et Girofla se tiennent embrassés, enfin ils sortent. Je compose ma figure, et tout tremble en moi. J'attends une minute, deux minutes, trois, cinq, dix minutes, enfin on sonne, le rideau se lève, et les deux hommes, Almaviva et Figaro entrent.

What does this mean? Do you know what he has done — it is bold, very bold. Oh, how I fall from a height!

Qu'est-ce à dire ? Savez-vous ce qu'il a fait est fort, très fort. Oh ! que je tombe de haut !

Ah, wretch! Ah, traitor! Oh, scoundrel!

Ah ! misérable ! Ah ! traître ! oh faquin !

I no longer know where I am — I should like to be underground. A fine affront.

Je ne sais plus où je suis, je voudrais être sous terre. Un bel affront.

Do you see that dog-face, that monkey of a man. It is he who is making sport of me!

Voyez-vous ce chien de visage, ce singe d'homme. C'est lui qui se moque de moi !

A thousand thunders! We are all like wet rags.

Mille tonnerres ! Nous sommes toutes comme trempées dans de l'eau tiède.

The last play seems to me detestable; I laugh nonetheless and put on as good a face as possible.

La dernière pièce me paraît détestable, je ris cependant et fais aussi bonne figure que possible.

The miserable fellow cannot keep still — now he throws his arm around his Figaro's neck, then changes his seat, shifts again; he has the air of being on pins and needles and leaves before the end.

Le misérable garçon ne se tient pas tranquille, tantôt il jette son bras autour du cou de son Figaro, puis il change de place, se déplace de nouveau, il a l'air d'être sur des épingles et s'en va avant la fin.

Galula attends our departure; fortunately I say good evening to him politely — I wanted to strangle him.

Galula assiste à notre départ, heureusement je lui dis poliment bonsoir, j'avais envie de l'étrangler.

I say fortunately, because they are not as wretched as I thought — as we shall see.

Je dis heureusement parce qu'ils ne sont pas si misérables que je croyais, on va voir.

And I see the dreadful Audiffret seated [below] at the Maison Dorée. The horror!

Et je vois l'affreux Audiffret assis [au bas] de la Maison Dorée. Cette horreur !

I could not recover from my surprise all the way home. But — oh, happiness! Marvel at God!

Je ne pouvais revenir de ma surprise le long de la route. Mais ô bonheur ! Admirez Dieu !

I was in a dreadful state and did not know how to calm myself; I repeat to my aunt Galula's words —

J'étais dans un état affreux et ne savais comment me tranquilliser, je répète à ma tante les paroles de Galula

— But, she says — he did not say "in the next interval" —

— Mais, dit-elle il n'a pas dit dans le prochain entracte

— What do you mean, he did not say it!

— Comment il n'a pas dit !

— No, he did not say it — what he said was: Madame, allow me to present to you one of my friends, M. Émile Audiffret — and then he lowered his voice — he has been tormenting me for a long time, but I needed to ask whether you wished it.

— Non, il n'a pas dit, il a dit que... Madame, permettez-moi de vous présenter un de mes amis M. Emile Audiffret, et puis il a baissé la voix, il me tourmente depuis longtemps mais je devais vous demander si vous le voulez.

Those are my aunt's words — but are they also Galula's?

Voilà les paroles de ma tante, maintenant sont-ce celles de Galula ?

Why must my aunt be a person unworthy of trust?

Pourquoi ma tante est-elle une personne indigne de foi ?

She has the respectable habit of distorting every word and every fact. Especially this time, I want so much to believe her, and with some effort I manage it — not entirely, however.

Elle a la respectable habitude de pervertir toutes les paroles et tous les faits. Surtout cette fois je voudrais tant la croire et, avec quelque effort j'y parviens, pas entièrement cependant.

I throw myself into bed to shorten the time — I have not the patience to wait till tomorrow to recount it, to reflect on it.

Je me jette dans mon lit pour abréger le temps, je n'ai pas la patience d'attendre demain pour raconter, pour commenter.

Either he is a vile poseur — or he is a coarse, ill-bred oaf!

Ou c'est un vil poseur ou c'est un grossier mal élevé !

Notes

The original text includes a superscript note (^1^) referring to Marie's annotations below.