Thursday, 8 April
# Jeudi, 8 avril
Mes cheveux tout d'un coup ont cessé de friser. Hélas !
Par un vent terrible je sors, à cinq heures et demie ma tante prend le train pour Cannes, et moi je vais commander du papier avec une couronne de prince et les initiales *A.B.* on verra pourquoi.
Le soir je lis Napoléon de Dumas à papa.
Je ne sais vraiment pourquoi on méprise Dumas, est-ce parce qu'on le lit avec intérêt et plaisir ? Que demande-t-on à un romancier ? D'amuser.
Eh ! bien Dumas amuse toujours et même [Rayé: quelquefois] souvent instruit. On ne peut se figurer combien j'ai pensé à Sir Frédéric. Du premier moment que je l'ai vu il m'a paru un galant comme Carlo, or je n'aime rien comme les Carlo. Je me souviens si bien, le 10 janvier dernier j'étais avec Dina en landau moitié fermé, venant de la Promenade, nous passions près du jardin public, presque à l'entrée du quai Masséna, je vis un gentleman marchant sur le boulevard vers la Promenade. Il avait les mains dans ses poches et ouvrait la bouche pour bailler juste au moment où nous passions.
Avec ma promptitude habituelle j'ai tout de suite vu quel oiseau c était, et sans me gêner aucunement j'ai sorti la tête hors de la voiture pour le mieux voir, mais comme lui, voyant mon mouvement, m'a regardée, j'ai oublié de l'examiner, occupée de ce qu'il me regardait.
Cela dura cinq fois moins que le temps que j'ai mis à l'écrire.
[En travers: Hamilton, Johnstone, Olliver, prince de Galles. Je m'exaltais pour tout cela à la fois. C'est ennuyeux d'avoir écrit des pages enthousiastes pour ces bêtises.]
Peut-être avec le temps mon goût pour les belles choses me servira-t-il ? Jusqu'à présent il ne sert qu'à me tourmenter.