Diary of Marie Bashkirtseff

I am growing accustomed to our new arrivals and at moments I think them good and sincere. Indeed, the only harm they do is to enrich themselves at our expense. But Deo juvante,1 I hope to put things in order by going to Russia. At three o'clock I go out with the little Englishwoman — truly these Englishwomen I have the misfortune to employ are a special sort: stupid and unable to hold a conversation. I have almost returned to work; I have six hours a week to fill with drawing and mathematics. With these two things my time will be fully occupied and I shall have time for everything — for the more time I have, the less I work. At present I know no greater happiness than study. Going out I met de Gonzalès on his way to call on us. My word! I want to see the devil again, and the thought that he may have left annoys me supremely. I have devised three or four outfits for the journey to Russia, and for the moment that journey is the thought that amuses me — I always need something to desire or to look forward to. My uncle maintains, notwithstanding the proverb that no man is a prophet in his own country,2 that I shall have success in mine. So much the better if it is true. If it is not true, it is almost a matter of indifference to me. I sang today and see with joy that my voice has returned — not entirely, but considerably. What shall I fill this page with? I feel like ending my day at the bottom of this page. Miserere!3 Oh, how I detest the Poles — a cursed race. I adore the English. I look at myself in the glass and find myself of a dazzling whiteness; my complexion must make many defects of my face forgiven. Truly, my skin is very beautiful and I admire it — ah, if others admired as I do!

# Lundi, 15 février 1875 Je m'habitue à nos nouveaux arrivés et par moments je les crois bons et sincères. En effet, ils ne font d'autre mal que de s'enrichir à nos dépens. Mais Deo juvante, j'espère mettre bon ordre aux choses en allant en Russie. A trois heures je sors avec la petite Anglaise; décidément ce sont des Anglaises toutes particulières que j'ai le malheur d'avoir, bêtes et ne sachant pas parler. Je me suis presque remise au travail, j ai six heures dans la semaine, qu'il faut remplir par le dessin et les mathématiques. Avec ces deux choses tout mon temps sera occupé et j'aurai le temps de tout faire, car plus j'en ai moins je travaille. Je ne connais pour le moment de bonheur plus grand que l'étude. En sortant j'ai rencontré de Gonzalès qui allait chez nous. Ma foi ! je veux revoir le diable et l'idée qu'il est parti peut-être m'ennuie souverainement. J'ai inventé trois ou quatre toilettes pour le voyage en Russie, et pour le moment ce voyage est la pensée qui m'amuse, il me faut toujours quelque chose à désirer ou à attendre. Mon oncle prétend malgré ce proverbe qu'on n'est pas prophète dans son pays, que j'aurai du succès dans le mien, tant mieux si c'est vrai. Si ce n'est pas vrai cela m'est presque égal. J'ai chanté aujourd'hui et je vois avec joie que la voix m'est revenue, pas entièrement mais beaucoup. Avec quoi pourrai-je bien remplir cette page ? J'ai envie de finir ma journée au bas de cette page. Miserere ! Oh ! que je déteste les Polonais, race maudite. J'adore les Anglais. Je me mire dans la glace et me trouve d'une blancheur éclatante, mon teint doit faire pardonner bien des défauts à ma figure. Vrai ! ma peau est bien belle et je l'admire, ah ! si les autres admiraient comme moi !

Notes

Deo juvante (Latin): "with God's help." A common expression in classical Latin letters.
"No man is a prophet in his own country": Biblical proverb (Matthew 13:57); Marie cites it to frame her uncle's contrary claim.
Miserere! (Latin): "Have mercy!" — the opening word of Psalm 51, used here as an exclamation of distress.