Lundi, 15 février 1875 Je m'habitue à nos nouveaux arrivés et par moments je les crois bons et sincères. En effet, ils ne font d'autre mal que de s'enrichir à nos dépens. Mais Deo juvante, j'espère mettre bon ordre aux choses en allant en Russie. A trois heures je sors avec la petite Anglaise; décidément ce sont des Anglaises toutes particulières que j'ai le malheur d'avoir, bêtes et ne sachant pas parler. Je me suis presque remise au travail, j ai six heures dans la semaine, qu'il faut remplir par le dessin et les mathématiques. Avec ces deux choses tout mon temps sera occupé et j'aurai le temps de tout faire, car plus j'en ai moins je travaille. Je ne connais pour le moment de bonheur plus grand que l'étude. En sortant j'ai rencontré de Gonzalès qui allait chez nous. Ma foi ! je veux revoir le diable et l'idée qu'il est parti peut-être m'ennuie souverainement. J'ai inventé trois ou quatre toilettes pour le voyage en Russie, et pour le moment ce voyage est la pensée qui m'amuse, il me faut toujours quelque chose à désirer ou à attendre. Mon oncle prétend malgré ce proverbe qu'on n'est pas prophète dans son pays, que j'aurai du succès dans le mien, tant mieux si c'est vrai. Si ce n'est pas vrai cela m'est presque égal. J'ai chanté aujourd'hui et je vois avec joie que la voix m'est revenue, pas entièrement mais beaucoup. Avec quoi pourrai-je bien remplir cette page ? J'ai envie de finir ma journée au bas de cette page. Miserere ! Oh ! que je déteste les Polonais, race maudite. J'adore les Anglais. Je me mire dans la glace et me trouve d'une blancheur éclatante, mon teint doit faire pardonner bien des défauts à ma figure. Vrai ! ma peau est bien belle et je l'admire, ah ! si les autres admiraient comme moi !