Monday, 1 February 1875
# Lundi, 1 février 1875
A dix heures promenade avec Sabatini (gris, bien) il fait chaud, il n'y a pas le diable, je m'ennuie.
Ça et là je recueillai au passage, *une jolie petite* ou bien, elle a l'air bien comme il faut, ou quelque Anglaise au pied en bateau, oh I *look at the heels of these boots* I -
Ce matin j'aimais Nice; maintenant je la déteste ! Pas pour elle-même mais pour mon malheur !
O notre vie, notre vie !
Est-ce qu'on croit que pour ne m'avoir pas plainte pendant quelque temps j'ai été calme, je n'ai pas souffert ? Allons donc ! Est-ce une mort ou un départ que je pleure, qui une fois arrivés ne laissent que des regrets qui vont en diminuant ? Non, c'est un malheur continuel, toujours égal, partout le même, surtout là où les autres sont heureux et gais ! Chiens de chiens !
De Mouzay et sa cousine viennent nous voir. Et la manière dont la maison est tenue ou, pour mieux dire, n est pas du tout tenue !
Désordres, domestiques indisciplinés ! salle à manger au pavillon pleine de chiens, pas de tapis, pas de rideaux, pas de meubles.
Le pauvre rez-de-chaussée de la maison encore intact et vide. Pour moi, pas de chambre, une seule servante pour nous quatre.
Fortuné dont on pourrait faire un ornement, vêtu salement et courant, jardin inachevé, mur ébranlé au lieu d'une grille'et une fraction de treillage au lieu de portail. Les deux terrasses de cyprès en ruines, et l'entrée par la rue de France.
Pour tout serviteurs Arthur qui, bien, tenu serait bien, ayant servi dans de bonnes maisons mais ici mal, Martin jardinier, Adam cuisinier et Fortuné coureur ou coursier ou flâneur ou travailleur ou commissionnaire, ou diable sait quoi.
Je ne parle pas de Trifon tout entier à papa mais nous servant aussi.
Voilà les maux qui m'affligent et ajoutez à cela ne voir personne, être regardés comme des pestiférés ou à peu près et adorer le monde, le luxe, et tout enfin, tout ce que j'adore, ce qui forme ma vie, mon cœur, mon bonheur, tout cela que je n'ai pas, que *je ne* puis avoir que par un miracle et les miracles ne se font pas pour des misérables comme moi ! Ajoutez tout cela et mettez-vous à ma place !
Oh ! Mon Dieu ! Mon Dieu, pardonnez-moi et sauvez-moi !