Diary of Marie Bashkirtseff

# Samedi, 19 décembre 1874

"Filth: public contempt, family shame" — says La vraie clef des songes by Lucimius.

- Ordure : mépris public, honte dans la famille - dit la véritable clef des songes par Lucimius.

The fulfilment of last Friday's dream was not long in coming, as will be seen. This morning, as I was making Victor jump — that beautiful, good creature — my mother hands me a letter and tells me to go read it in my room and bring it back.

L'accomplissement du rêve que j'ai fait vendredi dernier ne se fait pas longtemps attendre comme on va le voir. Ce matin comme je faisais sauter Victor, cette belle et bonne bête, ma mère me donne une lettre et me disant de l'aller lire chez moi et de la lui rapporter.

Here it is, more or less:

La voilà à peu près exacte:

Madame Nadejda Stepanovna — after mature reflection, I have decided.

Madame Nadejda Stepanovna, après mûre réflexion, j'ai jugé.

No — I do not remember it well enough to write it out. [Crossed out: It] The letter says that after reflection she has decided — (who is "she"? I have not yet said) — that she will on no account bring her children to a house where the young ladies frequent gaming tables; that in matters of education she would never see eye to eye with Madame Romanoff, to whom the letter is addressed; and that it is better to part, for nothing is more disagreeable than forced relations. That she regrets it infinitely, for Maria is a charming, sympathetic, and agreeable woman — but alas! why such a weak mother!

Non, je ne me souviens pas assez pour l'écrire, [Rayé: elle y] cette lettre dit que après voir réfléchi elle pense, (qui elle ? je ne l'ai pas encore dit) a décidé qu'elle ne veut pour rien au monde conduire ses enfants dans une maison où les jeunes filles fréquentent les tables de jeu, que sous le rapport de l'éducation elle ne serait jamais d'accord avec Mme Romanoff, à qui la lettre est adressée, et qu'il vaut mieux se séparer, car il n'y a rien de plus désagréable que des relations forcées. Qu'elle regrette infiniment, car Maria est une femme charmante, sympathique et aimable mais hélas ! pourquoi si faible mère !

Signed, Julie Howard.

Signé Julie Howard.

Furious and red with anger, I determined not to show myself; and having composed my face as best I could, I went back and returned the letter — to which my aunt replied:

Indignée et rouge de colère je ne voulus pas paraître, et ayant changé de figure autant que j'ai pu je retournai et rendis la lettre. A laquelle lettre ma tante répondit:

You must have noticed yourself that our relations have been quite different from what they were, following certain rumours that have reached me. You unjustly slander our young ladies, who went to Monaco no more and no less than your own. As for the education of children and young ladies, our methods differ entirely — that is true. For me, as for any respectable, honest woman, a young girl's name is sacred; whereas you choose to slander children with such levity.

Vous avez dû remarquer vous-même que nos relations sont toutes autres qu'elles n'étaient auparavant à la suite de certains bruits parvenus jusqu'à moi. Vous calomniez injustement nos jeunes filles qui sont allées à Monaco autant et pas plus que les vôtres. Quant à ce qui touche à l'éducation des enfants et des jeunes filles nos manières diffèrent tout à fait cela est vrai. Pour moi comme pour toute autre femme comme il faut et honnête le nom d'une jeune fille est sacré tandis que vous vous décidez à calomnier des enfants avec tant de légèreté.

Nadejda Romanoff. At your service.

Nadeja Romanoff. Prête à vous rendre service.

A letter which I admire and respect.

Lettre que j'admire et respecte.

As for the effect this affair produced on me — what am I to say? I had almost expected it, for being so grieved about our position, I expect nothing but affronts. But what revolts me is the infamy of the slander! When, for heaven's sake, do I go to Monte Carlo? On the day of a shooting competition, or of an illumination — and there is only one illumination a year. Every young lady in Nice goes as much as I do. Fie! Am I reduced to justifying myself when I am not guilty? No — what is vile, what is cowardly — above all from a mother — is to use a child, a young girl, as a pretext and slander her before anyone knows what she is! For she cannot seriously believe what she says. The business originates with my aunt Tutcheff and with Boutowksy — a depraved woman if ever there was one — and with Hélène; for since last year she has been jealous of me in a manner too visible for me not to see it. And there is cause enough! She is ambitious and cunning. When we first knew this family, neither Hélène nor Lise (still less so) had any notion of manners or elegance; by copying me little by little they began to dress more neatly — many silk dresses were made for them, feathered hats, etc. Then Hélène's admiration turned to envy, and while continuing to copy me she pretended to think herself superior. The more she dressed up, the less she succeeded; I never had many dresses but was always well turned out — above all since Mademoiselle de Galve helped me understand the value of simplicity. At the matinée they gave, I was the best-dressed of all — whereupon Madame Bariakinsky said:

Quant à l'effet produit sur moi par cette aventure, qu'en dirai-je ? Je m'y attendais presque, car étant si chagrinée de notre position, je ne m'attends qu'à des affronts, mais ce qui me révolte c'est l'infamie de la calomnie ! quand donc, Bon Dieu, vais-je à Monte-Carlo ? Le jour d'un Tir ou d'une illumination et encore d'illuminations il n'y en a qu'une par an. Toutes les jeunes filles à Nice y vont autant que moi. Fi ! m'abaissai-je jusqu'à me justifier quand je ne suis point coupable. Non, ce qui est vil, ce qui est lâche, de la part d'une mère surtout, c'est de prendre pour prétexte une enfant, une jeune fille, et de la calomnier avant que l'on sache ce qu'elle est ! Car, sérieusement elle ne peut croire à ce qu'elle dit. La chose vient de ma tante Tutcheff et de la Boutowksy, femme dépravée s'il en fut, et de Hélène, car depuis l'année dernière elle me jalouse surtout d'une façon trop visible pour que je ne le voie pas. Et il y a de quoi ! Elle est ambitieuse, rusée. Quand nous avons connu cette famille, Hélène ni à plus forte raison Lise n'avaient aucune idée de manières, d'élégance, en me copiant peu à peu elles s'habillèrent plus proprement, on leur fit beaucoup de robes de soie, des chapeaux à plumes etc. alors Hélène changea l'admiration en envie et tout en continuant de me copier faisait mine de se croire mieux. Plus elle s'habillait moins elle réussissait, je n'avais jamais beaucoup de robes mais étais toujours bien mise, surtout depuis que Mlle de Galve me fit comprendre la simplicité. A la matinée qu'ils donnèrent j'étais la mieux de toutes, c'est alors que Mme Bariakinsky dit:

"Who is that remarkably distinguished and well-bred child?"

- Qui est cette enfant si distinguée et comme il faut.

And [Crossed out: again] I heard with my own ears another woman, or the same, say:

Et [Rayé: encore] j'ai entendu de mes propres oreilles une autre ou la même dire:

"What a charming young girl."

- Quelle charmante jeune fille.

It was at this same matinée — which I attended as a child, because it was at friends' house — that Woerman pretended to pay court to me.

C'est à cette même matinée que j'assistais comme petite fille et parce que c'était chez des amis, que Woerman fit semblant de me faire la cour.

Well — she is satisfied now; at their Tuesday matinée she will doubtless be the best-dressed, given the sorry company they will have.

Enfin la voilà satisfaite car à leur matinée de mardi elle sera sans doute la mieux vu la grande misère du monde qu'ils auront.

I drove out in the carriage and saw Lambertye — I was not even surprised, and looked at him as I look at Saëtone. I walked with Sabatini. Copland — or was it Plantus? — kept insisting on taking me to see some wild flowers or other, but I shook him off — Gracias a Dios.1 I am, one might say, displaying my languages: several people, having heard me speak Italian, then English, then French, then Russian, showed faces of astonishment at hearing me speak a different language each time.

Je sortis en voiture et je vis Lambertye; je ne fus même pas surprise et le regardais comme Saëtone. J'ai marché avec Sabatini. Copland où Plantus voulut à toutes forces me mener voir je ne sais quelles fleurs sauvages mais je m'en suis débarrassée Gracias a Dios. Je fais pour ainsi dire étalage de langues, plusieurs personnes m'ayant entendue parler italien, puis anglais, puis français et enfin russe montrèrent des faces étonnées de m'entendre chaque fois parler une langue différente.

I am not shouting, but the Promenade is not very wide, and as one passes one catches a word or two — enough to recognise what language is being spoken, especially when one is listening.

Je ne crie pas, mais la Promenade n'est pas bien large et en passant on attrape bien quelques mots, assez pour reconnaître dans quelles langues ils sont dits, surtout quand on écoute.

I am fortunate enough to speak four living languages and to be studying a dead one — Latin — which I shall speak, God willing; for I study it con amore2 and find it the most beautiful of all.

J'ai le bonheur de parler quatre langues vivantes et d'étudier une morte, la latine, que je parlerai avec l'aide de Dieu, car je l'étudie con amore et la trouve la plus belle de toutes.

While Copland was accosting me I saw all the Galve family — at least there are some proper people.

Pendant que Copland m'accostait j'ai vu tous les Galve, voilà au moins des gens propres.

Notes

In Spanish in the original — "Thank God."
In Italian in the original — "with love," i.e., with passionate devotion.