Saturday, 3 October 1874
Samedi, 3 octobre 1874
On peut me rendre incertaine par une seule parole méchante ! On m'empoisonne tous mes plaisirs et on me les donne après. Ces malheureux tirs et courses, combien de larmes m'ont-ils coûté ? à la fin j'y allais mais dégoûtée, désenchantée, désolée, ne voulant plus rien regarder et le cœur gros, et priant Dieu que le tir ou la course finisse.
C'est une adorable manière de faire mes volontés, de me gâter !
[Rayé: Tout, Tout.]
Maintenant moi-même je ne veux plus de ces chambres, grand-papa serait chagriné lui aussi. Et puis le tracasser à son âge, le déranger, ce n'est pas bien et je ne veux pas le faire, la seule chose qui me sourit maintenant c'est un appartement dans l'annexe qu'on va faire. Mais quand ! Il n'y a pas d'argent, les meubles coûtent cinquante mille francs et l'annexe coûtera autant, et pour la meubler.
Enfin ! Il n'y a pas d'argent et il n'y a pas d'annexe de sorte que rien ne me sourit. Et avec cela pas de cheval, car encore il n'y a pas d'argent.
Toujours de l'argent ! Je rage ! Parce que je comprends moi-même qu'il n'y a pas d'argent et que, comme j'avais pensé faire, tout était bien et d'accord et il ne fallait pas dépenser et que maintenant tout est renversé, empoisonné, empoisonné, empoisonné ! '
Que la scène d'aujourd'hui a par elle seule tout perdu, il ne faut plus songer au pavillon, tout en écrivant je pleure, je sanglote et me regarde dans la glace, belle face ma foi ! Yeux enflés, nez luisant enflé et rouge, joues mouillées et abruties, lèvres dédaigneuses et frémissantes et rouges comme du [Rayé: cactus] sang, et sur cette admirable figure coulent des larmes en telle abondance qu'on pourrait prendre une douche.