Diary of Marie Bashkirtseff

I took my bath; I remember nothing because I did not have the key to my diary, and it is only on Thursday that I find it and write. Basilewsky, at the moment we were rising from the lunch table, comes with us to our rooms. Basilevitch, seeing him at ours, comes running, decked out in all her finery. As she was crossing the street, Basilewsky said she had little taste and wore far too many things. The moment she entered he complimented her on her taste, saying he had just been saying so to these ladies. He thinks we and Basilevitch are rivals and that he is the cause of the rivalry. With him one always laughs, and that counts for something. I go to the ball despite myself. Basilevitch comes and carries us off, saying she was promised, that she has engaged no one else, etc. Pink dress, as on the other occasions. I asked nothing better than to stay quiet, but they invited me every time. I believe I please Foster 2, who is terribly ugly. I danced with that Portuguese minister who was introduced to us at the last ball; he dances like a monkey, and I had great difficulty keeping time. Young Chtcherbinisa was introduced to me. But we recognized each other; indeed we have known each other since Krementstrang. He has changed little -- always the same lowered, startled eyes. Plobster has exhausted all his intelligence in poses; since we know each other, it is no longer interesting. Basilevitch wants him, but he is stupid. The count invites me to dance; I consent, then while dancing: "You have forgotten that I no longer speak to you." "No, Mademoiselle, and it was to spare you the unpleasantness of addressing me that I was keeping away; but you are leaving." "Yes, I am leaving and I forgive you, and I bless you." Then I told him his manner does not please me; he wants to know what displeases me, but I do not tell him, not knowing myself. In a word, I forgive him; they were tormenting me too much at home; I shall henceforth be more at peace. He is more than happy. My aunt, Basilevitch and Moelenar go to the confectionery, and I go home with Paul and Merjeewsky, who is so delighted he takes on butterfly airs and I must reprimand him. To complete his happiness I send him to fetch cakes for Maman. [Crossed out: Mademoiselle, could you ask Walitsky if he wishes to come.] Walitsky sends word that you may fetch your own phosphorus. But that must be tedious. I understand, when one is in company. "Yes, but one can think about the company." And there is the fool, for the whole night, roaming the seashore and composing verses. I have told them everything, and I hope they will leave me in peace.

J'ai pris mon bain, je ne me souviens de rien parce que je n'avais pas la clef de mon journal et ce n'est que jeudi que je la retrouve et que j'écris. Basilewsky au moment où nous nous levions de table à déjeuner, vient avec nous jusqu'à chez nous. Basilévitch le voyant chez nous accourt, parée de toutes ses parures. Comme elle traversait la rue Basilewsky dit qu'elle avait peu de goût et mettait beaucoup trop de choses. Aussitôt qu'elle entra il la complimenta sur son goût disant qu'il venait de le dire à ces dames. Il pense que nous et Basilévitch sommes des rivales et que lui est la cause des rivalités. Avec lui on rit toujours et c'est quelque chose. Je vais au bal malgré moi. Basilévitch vient et nous enlève disant qu'on lui a promis, qu'elle n'a engagé personne d'autre etc. Robe rose, comme les autres fois. Je ne demandais pas mieux que rester tranquille mais on m'invita chaque fois. Je crois que je plaîs à Foster 2 qui est tellement laid. J'ai dansé avec ce ministre du Portugal qui nous fût présenté au bal dernier, il danse comme un singe et j'avais beaucoup de peine à aller en mesure. Le petit Chtcherbinisa m'a été présenté. Mais nous nous reconnûmes, en effet nous nous connaissons depuis Krement-strang. Il a peu changé, toujours les mêmes yeux baissés et effarés. Plobster a épuisé toute son intelligence en poses; depuis que nous nous connaissons ce n'est plus intéressant. Basilévitch le veut, mais il est bête. Le comte m'invite, je consens, puis en dansant: - Vous avez oublié que je ne vous parle plus. - Non, Mademoiselle, et c'est pour éviter le désagrément de m'adresser la parole que je me retirais; mais vous partez: - Oui je pars et je vous pardonne et je vous bénis. Puis je lui ai dit que ses façons ne me plaisent pas, il veut savoir ce qui ne me plaît pas, mais je ne le lui dis pas ne le sachant pas moi-même. En un mot, je le pardonne; on m'ennuyait trop chez nous; je serai désormais plus tranquille. Il est plus qu'heureux. Ma tante, Basilévitch, Moelenar vont à la confiserie et moi je rentre avec Paul et Merjeewsky qui est tellement enchanté qu'il prend des airs papillons et que je le réprimande. Pour compléter son bonheur je lui dis d'aller chercher des gâteaux pour maman. [Rayé: Mademoiselle, pourriez-vous demander à Walitsky s'il veut venir.] Walitsky vous fait dire que vous pouvez chercher du phosphore vous-même. Mais ce doit être ennuyeux. Je comprends lorsqu'on est en société. - Oui, mais on peut penser à la société. Et voilà le fou pour toute la nuit à rôder au bord de la mer et à composer des vers. J'ai tout raconté et j'espère que l'on me laissera tranquille.