Mardi, 1 septembre 1874 J'ai pris mon bain, je ne me souviens de rien parce que je n'avais pas la clef de mon journal et ce n'est que jeudi que je la retrouve et que j'écris. Basilewsky au moment où nous nous levions de table à déjeuner, vient avec nous jusqu'à chez nous. Basilévitch le voyant chez nous accourt, parée de toutes ses parures. Comme elle traversait la rue Basilewsky dit qu'elle avait peu de goût et mettait beaucoup trop de choses. Aussitôt qu'elle entra il la complimenta sur son goût disant qu'il venait de le dire à ces dames. Il pense que nous et Basilévitch sommes des rivales et que lui est la cause des rivalités. Avec lui on rit toujours et c'est quelque chose. Je vais au bal malgré moi. Basilévitch vient et nous enlève disant qu'on lui a promis, qu'elle n'a engagé personne d'autre etc. Robe rose, comme les autres fois. Je ne demandais pas mieux que rester tranquille mais on m'invita chaque fois. Je crois que je plaîs à Foster 2 qui est tellement laid. J'ai dansé avec ce ministre du Portugal qui nous fût présenté au bal dernier, il danse comme un singe et j'avais beaucoup de peine à aller en mesure. Le petit Chtcherbinisa m'a été présenté. Mais nous nous reconnûmes, en effet nous nous connaissons depuis Krement-strang. Il a peu changé, toujours les mêmes yeux baissés et effarés. Plobster a épuisé toute son intelligence en poses; depuis que nous nous connaissons ce n'est plus intéressant. Basilévitch le veut, mais il est bête. Le comte m'invite, je consens, puis en dansant: - Vous avez oublié que je ne vous parle plus. - Non, Mademoiselle, et c'est pour éviter le désagrément de m'adresser la parole que je me retirais; mais vous partez: - Oui je pars et je vous pardonne et je vous bénis. Puis je lui ai dit que ses façons ne me plaisent pas, il veut savoir ce qui ne me plaît pas, mais je ne le lui dis pas ne le sachant pas moi-même. En un mot, je le pardonne; on m'ennuyait trop chez nous; je serai désormais plus tranquille. Il est plus qu'heureux. Ma tante, Basilévitch, Moelenar vont à la confiserie et moi je rentre avec Paul et Merjeewsky qui est tellement enchanté qu'il prend des airs papillons et que je le réprimande. Pour compléter son bonheur je lui dis d'aller chercher des gâteaux pour maman. [Rayé: Mademoiselle, pourriez-vous demander à Walitsky s'il veut venir.] Walitsky vous fait dire que vous pouvez chercher du phosphore vous-même. Mais ce doit être ennuyeux. Je comprends lorsqu'on est en société. - Oui, mais on peut penser à la société. Et voilà le fou pour toute la nuit à rôder au bord de la mer et à composer des vers. J'ai tout raconté et j'espère que l'on me laissera tranquille.