Diary of Marie Bashkirtseff

Following Basilewsky's advice, I lunch with my aunt at the beach and I eat. It is cold; I put on the grey dress. The Tamancheffs come and we all go to the pier. Walitsky asks a man -- a fisherman, I believe: "Is Doria Pamphilii here?" "Yes, yes, Monsieur." We laugh. But what is my surprise when I truly see Doria. Doria Pamphilii has become our watchword [Crossed out: the word for]: when one means good, one says Doria; bad, likewise. Everywhere, for everything, one says this name. Lise and Katia have adopted it too. There is a dreadful wind. I go home and sit near the balcony, with The Key of Dreams, which contains a section on palmistry at the end. I have discovered admirable lines on my hand -- the luck line especially. But the beauty mark I have on my left shoulder means I shall live in solitude and have a jealous husband. It is ugly. Brutto. While I was absorbed in examining my hand, I raise my head and see Doria; I go back to examining, but I blush. Here again, as at Spa, we have had the luck of lodging where everyone passes. Basilevitch comes and begged us to dine at the Pavillon Royal with her. I accept, but the food is bad. From there we go with her (my aunt and I) to the Kursaal; no seats as usual. My aunt finds a chair and I go with Basilevitch to the reading room. This woman wanted me to -- [Crossed out: to have white flowers (two illegible words)]. I am not, thank God, ill in that way. She is disgusting sometimes. My aunt soon joins us. In comes Countess Merjeewsky, greets us and goes out; a second later Merjeewsky comes. He wishes to introduce me to his friend Baron Leiss, who has asked for it a long time; I barely had time to say that first he must introduce him to my aunt. So she introduces him to me; he passes to my side and stays with Merjeewsky the whole evening before me. My aunt is pleased with me. I was talking with these two and noticed nothing, but Basilevitch told me that several Plobsters and Prince Radzivill passed several times to look at my feet. To which my aunt replied: "It is no doubt Mme Basilevitch's feet, for one does not look at a child's feet." "No doubt," I say. And I looked towards the door where Radzivill was leaving, and I caught sight of Plobster -- the real one. "Who is that gentleman?" I asked. "He is the Count de Mulinare." How pleased I am! I am never wrong; I saw at once he was a Plobster. They say he is a great show-off and a great poseur. So much the better -- his style pleases me. When we were at the Hotel de France, Maman saw him and came upstairs that very instant to tell me there was a Plobster in the dining room. How I have trained them all! He had that evening an impossibly affected air. I looked at him almost smiling; he did the same. He too made rounds for my feet, and standing near the door kept looking at them. Nothing serious or in bad form; he pleases me, I look at him and my eyes laugh, he looks at me the same way, and it is all very well. Baron Leiss leaves and I remain with Merjeewsky. Those two are hard to make talk. Merjeewsky with his riddles! It seems he has my photograph. While we were speaking, a man behind the column was listening. I did not trouble myself. I told Merjeewsky that if he did not return my photograph I would not speak to him for two weeks: "I shall try to hide so as not to expose you to the unpleasantness of meeting me." "Oh! I know you are very obliging." I did not give him my hand. Basilevitch asked my aunt whether I was a great coquette. She answered as she did about the feet. We go to the Merjeewskys', then home.

Suivant le conseil de Basilewsky je déjeune avec ma tante à la plage et je mange. Il fait froid je mets la robe grise, viennent les Tamancheff et nous allons tous à l'estacade. Walitsky demande à un homme, un pêcheur je crois: — Doria Pamphilii est ici ? — Oui, oui, Monsieur. Nous rions. Mais quelle est ma surprise lorsque je vois Doria en vérité. Doria Pamphilii est devenu parmi nous le mot d'ordre [Rayé: le mot pour du] quand on veut dire bien on dit: Doria, mal, de même. Partout, pour tout, on dit ce nom. Lise et Katia l'ont adopté elles aussi. Il fait un vent épouvantable. Je rentre et m'assieds près du balcon; avec La clef des songes contenant une chiromancie à la fin. J'ai découvert des lignes admirables chez moi, celle de la chance surtout. Mais le grain de beauté que j'ai sur l'épaule gauche signifie que je vivrai dans la solitude et que j'aurai un mari jaloux. C'est laid. Brutto. Comme j'étais absorbée à examiner ma main, je lève la tête et vois Doria, je me remets à examiner mais je rougis. Nous avons encore ici eu la chance comme à Spa d'avoir un logement devant lequel tout le monde passe. Basilévitch vient et nous supplia de dîner au Pavillon Royal avec elle. J'accepte mais on y dîne mal. De là nous allons avec elle (ma tante, moi) au Kursaal, pas de place comme de coutume, ma tante trouve une chaise et je vais avec Basilévitch au salon de lecture. Cette femme voulait que je [Rayé: que j'aie des fleurs blanches (deux mots illisibles)]. Je ne suis pas ainsi, grâce à Dieu, malade. Elle est dégoûtante quelquefois. Ma tante bientôt nous rejoint. Entre la comtesse Merjeewsky, nous salue et ressort, dans une seconde vient Merjeewsky. Il veut me présenter son ami le baron Leiss, qui l'a demandé il y a longtemps, j'eus à peine le temps de dire que d'abord il devait le présenter à ma tante. Alors elle me le présente, il passe de mon côté et reste avec Merjeewsky toute la soirée devant moi. Ma tante est contente de moi. Je causais avec ces deux et n'ai rien remarqué mais Basilévitch m'a dit que plusieurs Plobsters et le prince Radzivill ont passé plusieurs fois pour regarder mes pieds. A quoi ma tante a répondu: — C'est sans doute les pieds de Mme Basilévitch, car on ne regarde pas les pieds d'une enfant. — Sans doute, dis-je. Et je regardai vers la porte où sortait Radzivill, et j'aperçus Plobster, le véritable. Qui est ce monsieur ? ai-je demandé: — C'est le comte de Mulinare. Comme je suis contente ! Je ne me trompe jamais j'ai tout de suite vu que c'était un Plobster. On dit que c'est un grand faiseur d'embarras et un grand poseur. Tant mieux, son genre me plaît. Quand nous étions à l'hôtel de France, maman le vit et monta à l'instant même pour me dire qu'il y a un Plobster dans la salle à manger. Comme je les ai tous dressés ? ! Il avait ce soir un air impossible. Je l'ai regardé presque en souriant, lui de même. Lui aussi a fait les tours pour mes pieds et en se tenant près de la porte les regardait toujours. Rien de sérieux ni de mauvais genre, il me plaît, je le regarde et mes yeux rient, lui me regarde de même et c'est très bien. Le baron Leiss s'en va et je reste avec Merjeewsky. Ces deux sont difficiles à faire causer. Merjeewsky avec ses énigmes ! Il paraît qu'il a ma photographie. Pendant que nous parlions un homme, derrière la colonne écoutait. Je ne me gênais pas. J'ai dit à Merjeewsky que s'il ne me rendait pas ma photographie je ne lui parlerai pas deux semaines: — Je tâcherai de me cacher pour ne pas vous exposer à ce désagrément en vous rencontrant. — Oh ! je sais que vous êtes très conciliant. Je ne lui ai pas donné ma main. Basilévitch a demandé à ma tante si j'étais une grande coquette. Celle-ci répondit comme pour les pieds. Nous allons chez Merjeewsky puis à la maison.