Sobota 29. dubna 1882
Nejsem umělkyně — kreslila jsem bez obtíží jako vše ostatní — a chce-li se — mám nadání ke všemu — ale nemohu… přesto — když jsem byla dítě — ve třech letech — kreslila jsem křídou profily na whistové stoly1 na venkově — a pak dál a vždy… člověk by přísahal, že to bylo povolání. A vidíte… ale nemám co říci — jen hle — jsou těžké chvíle k přestání… Ruce mi padají. Co koneckonců nastalo? Nic… Breslauová pracuje déle než já — skoro dvakrát.# Samedi 29 avril 1882
En admettant que je sois aussi douée qu'elle, les choses marchent donc naturellement. Mais il y a trois ans que je peins moi I! Mais il a cinq ans qu'elle peint elle ! C'est que c'est ma foi vrai ! Elle a eu sa médaille en février 1877 et elle a peint depuis lors. Et moi depuis octobre 1878; elle a cinq ans et deux mois et moi trois ans et six mois. Eh bien qu'est-ce que j'ai à me croire perdue ? elle a été comme l'année dernière en 1881 c'est-à-dire après quatre ans de peinture, donc j'ai encore de l'espoir jusqu'à 1884, si je vais comme elle. Oui, mais dans mon orgueil énorme je comptais aller trois fois aussi vite que cette fille si douée, que c'est la femme qui a le plus de talent en France à l'heure qu'il est.
Des choses qui me remplissent de stupeur. Primo, le "Voltaire" me cite parmi les assistants à l'audience du procès de Chaulnes, et un grand deuil encore ! Ça c'est cet idiot de Saint Amand qui en est cause. Il m'a fait citer parmi les célébrités mondaines plusieurs fois et les journaux se sont emparés de mon nom, car cet imbécile me faisait citer seule sans dire un mot de papa et maman. On me prend pour une personne émancipée... Les Gavini très en colère sont venus hier me reprocher cette extravagance, j'étais sortie; Adeline est venue aujourd'hui et a dit que M. Gavini ne voulait pas le croire. Je pense bien. La seconde histoire c'est que pendant notre séjour à Nice j'ai été enlevée. Vous lisez bien, enlevée. Et alors on suppose que je suis obligée d'épouser... Epousez qui ?? Enlevée par qui ??? Cette histoire là m'est revenue par la Tchernisky et sa couturière qui l'a entendu dire chez des Russes.
Et on dit encore qu'il n'y a pas de fumée sans feu ! On ne peut rien démentir. Comment s'y prendre? Cette bêtise du "Voltaire" me fera un tort immense; ce procès est très sàie et j'y ai assisté paraît-il ? Et l'enlèvement par dessus le marché. Cette guigne après m'avoir rendue stupide toute la journée m'intéresse comme une curiosité. Il faut donc mourir pour qu'on ne m'attaque pas ? Enfin j'en suis abasourdie et je commence à me dire que c'est peut-être vrai, j'ai été à la cour d'assises seule et grand deuil et j'ai été enlevée à Nice ou de Nice... Non c'est amusant à force de malchance. Je reste trois mois à la campagne, en famille, je reviens à Paris, je n'ai encore été nulle part et crac ! C'est à vous dégoûter de tout ! Mais qui donc s'amuse à me salir ?
Qui peut avoir intérêt à s'attaquer à moi ? Qu'est-ce que ça veut dire. Je n'ai pas dit un mot, fait un geste qui soit seulement marquant depuis je ne sais combien de temps !
Et puis je suis avec mes parents, je... c'est à perdre la tête.