Středa 4. června 1873
Mercredi 4 juin 1873
Il est sept heures moins vingt minutes. Je me mets à écrire car j'ai eu un horrible rêve: nous étions dans une maison que je ne connais pas, quand tout à coup, moi ou quelqu'un d'autre, je ne me souviens pas, regarde par la fenêtre et je vois le soleil qui s'agrandit, s'agrandit et couvre presque la moitié du ciel. Mais il n'est pas brillant et ne chauffe pas. Puis, il se divise, un quart disparaît, le reste commence à tourner, changeant de couleur. Nous sommes horrifiés. Puis il se couvre à moitié d'un nuage. Puis il s'arrête et nous en sommes plus horror-struck. Tout le monde s'écrie :
Le soleil s'est arrêté H!
Comme si sa position naturelle était de tourner. Il est resté quelques minutes immobile et énorme mais pâle. Puis toute la terre est devenue étrange. Ce n'est pas qu'elle a chancelé, je ne puis exprimer ce que c'est, ça n'entre pas dans ce que nous voyons tous les jours. Il n'existe pas de paroles pour exprimer ce que nous ne comprenons pas. Puis encore il se mit à tourner comme deux roues l'une dans l'autre, c'est-à-dire que le soleil clair était couvert à de certains moments d'un nuage aussi rond que lui.
Le tumulte était général. Je me demandais si c'est la fin du monde. Mais je voulais croire que cela n'est que pour un moment.
Maman n'était pas avec nous, elle est arrivée dans une espèce d'omnibus et semblait ne pas être effrayée. Tout était étrange. Même cet omnibus n'était pas comme à l'ordinaire. Puis, je me suis mise à regarder mes robes comme s'il fallait retourner. Nous emballâmes les affaires dans une petite malle. Mais à l'instant tout recommence. C'est la fin du monde assurément. Mais je me demande comment Dieu ne m'en a rien dit ? Et que je ne suis pas digne d'assister à ce jour vivante ?
Tout le monde a peur. Enfin, nous nous mettons en voiture avec maman et nous retournons je ne sais où.
Dans toute cette scène, j'ai vu divers personnages, beaucoup de monde de la promenade des Anglais etc.
Que veut dire ce rêve ? Est-il envoyé par Dieu pour m'avertir de quelque grand événement ou est-ce simplement nerveux ?
Je me souviens assez bien de ce rêve. Partout le ciel était sombre avec des étoiles, alors le soleil ne paraissait pas tantôt clair mais pas trop, comme à cinq heures du matin. Puis il a fini par disparaître tout à fait. Comment faire sans le soleil ? Le monde va finir ! Puis des choses étranges se passent. Je ne puis les décrire car il n'y a rien qui y ressemble. Je ne sais pas de paroles pour exprimer ce que que j'ai vu car c'est surnaturel.
L'après-midi, je suis sortie avec maman et Dina voir des appartements. Rubioni nous convient le mieux, on peut y mettre un croquet. La famille qui demeurait avant avait un croquet (robe violette). Tous ces jours il fait un temps affreux. C'est pour la première fois de ma vie que je vois un vent comme cela. Ce vent mêlé de sable emporte tout, renverse tout. Il est affreux ! Il n'y a pas d'air et le vent brûle. Le soir à sept heures, nous ressortîmes, le vent était un peu moins fort. Nous allâmes chez les Howard. Ils étaient ravis de nous voir, des baisers sans fin. Elles sont tout de même charmantes. Elles m'ont embrassé les mains, j'étais confuse. J'ai raconté l'histoire de Mlle Collignon. Au commencement elle était charmante, une perfection. Puis a manqué les leçons etc. etc. et le final. Elles s'étonnèrent de mon calme. Lise m'a dit:
— Elle est si gentille, si gentille et bonne !!
— Eh ! ma chère ! vous la voyez au salon, vous ne savez pas ce qu'elle est chez elle, à la maison. Je vous vois ici très bonne et peut-être que vous êtes un diable chez vous, vous cassez les carreaux peut-être ?
— Moi aussi, qui sait ce que je suis dans ma chambre à coucher ? Peut-être une furie ? peut-être je fais le diable ?
Nous nous sommes bien amusés. Les Friedlander sont là. Mme Howard les a invités pour rester à la villa en son absence. M. Friedlander a promis une institutrice anglaise. Oh ! pourvu qu'elle soit bien. Il est neuf heures et demie à mon retour.
Tous ces jours sont occupés par l'affaire. Georges ne veut pas venir, et de lui dépend tout. Sans lui on ne peut rien faire. Sa présence ferait des miracles. Les fourberies de cette femme se découvriraient et nous serions justifiés.