Vendredi 6 juin 1884
Cette soirée à l'ambassade me préoccupe beaucoup et j'ai peur que quelque chose en fasse rater l'effet; je ne puis croire à quoique ce soit de bon... Ça se présente bien mais il arrivera quelque chose, quelque empêchement.Il y a si longtemps que je crie pour tout cela...
Nous avons été au Salon. Moi, pour voir les tableaux médaillés. Et comme nous rencontrons Tony je lui demande devant des 2èmes médailles ce qu'il me dirait si je lui apportais des tableaux faits comme cela.
— Et d'abord j'espère que vous vous garderez bien de faire de la peinture pareille, me répond t-il sérieusement.
— Eh la 2ème médaille alors ?
— Eh bien mais c'est un garçon qui expose depuis très longtemps et alors... vous comprenez.
Quel amas de médiocrités ! Comme c'est attristant.
Les médaillés ne sont même pas atroces, ce sont pour la plupart des choses platement médiocres ou mauvaises. Le reste...
En somme cette année est très mauvaise. Les célèbres font défaut. Quels sont les tableaux restés dans les yeux sans dégoût ou avec plaisir ?
Le panneau décoratif de Puvis de Chavannes. Le portrait tant décrié et pourtant très bon de Mme Gautereau par Sargent. Le portrait d'homme de Renouf. Les choses de Ribot. Et puis ?.. Je cherche.
Le portrait de Mme Gautereau me plait infiniment. Il l'a peinte comme elle est affreusement maquillée, n'empêche que c'est une œuvre d'art et que c'est très rare.