Mercredi 7 mai 1884
je reçois de Dusseldorff la demande de graver et de publier mon tableau et aussi d'autres tableaux de moi si je le juge convenable.C'est amusant. Mais moi vous savez je ne crois pas que c'est arrivé.
En somme oui, c'est un succès, on me l'assure, on ne le disait pas l'année dernière, l'année dernière il y a eu un petit succès d'artiste pour le pastel, mais cette année...
Seulement ce n'est pas un coup de foudre; non et si ce soir on m'annonce dans un Salon, il ne se produira pas de mouvement à moins que ce Salon soit rempli de peintres. Pour que... un... succès arrive jusqu'à mon cœur et me rende heureuse, il faudrait cela.
Oui il faut qu'à l'annonce de mon nom les conversations s'arrêtent et toutes les têtes se retournent.
Depuis l'ouverture du Salon il n'y a pas un journal qui ne parle de mon tableau, oui, mais ce n'est pas encore ça !
Il y a ce matin un premier Paris-d'Etincelle: les mondaines-peintres. C'est très chic. Je viens immédiatement après Claire et j'ai autant de lignes qu'elle. Je suis un Greuze, je suis blonde avec le front volontaire d'un être qui sera quelqu'un, j'ai les yeux profonds. Je suis très élégante, j'ai du talent et je fais du bon réalisme, dans le genre de Bastien-Lepage; là ce n'est pas tout, j'ai le sourire et la grâce attirante d'un enfant.
"Le Sport" me célèbre aussi. C'est moi du reste qui ai fourni à Etincelle la plupart des renseignements sur les mondaines artistes. Et au "Sport" aussi. Mais ce n'est pas moi qui ai composé les notes sur moi. Pour ce qui est de Drumont (Sport) il le pense peut-être [Rayé: il l'écrit] car j'ai reçu avant-hier une lettre où il me prie d'agréer ses compliments non pas d'homme du monde ou d'homme poli mais d'artiste sur le Meeting qui est certainement un des meilleurs morceaux du Salon. Mince alors ! Et je ne suis pas transportée. Eh bien pas du tout.