Lundi 4 février 1884
Je vous demande pardon d'avoir surfait Hérodiade. Le poème d'abord n'est pas bon, et puis l'opéra ressemble à Aida par plus d'un côté en plus faible comme sentiment...Salomé seule et les chœurs dans la coulisse alternés avec ses lamentations sur le sort de Jean, cela rappelle trop Ammeris seule avec les chœurs dans la coulisse se lamentant sur le sort de Rhadamès. Mais quelle différence I! Dans Hérodiade, c'est une pâle copie. Il est vrai que Massenet a une orchestration très pleine et très large et qu'il obtient des sonorités extraordinaires mais il en abuse... C'est très beau de peindre largement mais... Cette continuelle largeur et cette puissance en imposent d'abord, mais c'est dépourvu de passion à laquelle il n'arrive jamais malgré toute sa science.
Mais la science est impuissante... Il y a dans Aida des phrases enthousiasmantes et d'une mélodie toute italienne, dans Hérodiade la mélodie est trop simplifiée et a l'air d'une honteuse qui n'ose pas... Il est évident qu'en ne faisant rien de trop saillant on arrive à une unité très grande et lorsque c'est tout de même pas trop dépourvu "d'airs" ça fait un ensemble magnifique. Il faut réentendre Aida pour voir si vraiment c'est un peu pauvre à côté de l'exubérante largeur de Massenet.
Massenet c'est Munkascy, je n'osais pas le dire hier, je le pense aujourd'hui.
J'ai les deux partitions sur mon piano.
Mardi 5 février 1 884
[Dix lignes cancellées]
vous feriez en croyant le contraire, public idiot, injure à mon respect pour... moi-même.
Je repeins une tête au tableau.