Deník Marie Bashkirtseff

J'ai fait semblant de dormir jusqu'à dix heures pour ne pas aller à l'atelier. Et suis très misérable.
Voici la réponse de Julian. Cela me calme un peu... Songez donc. Non, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que serait pour moi le refus du tableau ! Ce ne serait plus... enfin je n'aurais à crier que contre moi ! Et je ne sais pas ce qui est plus affreux, être soi-même coupable de son infortune ou souffrir à cause des autres. Ah ! ce serait un de ces coups, en pleine poitrine, je ne m'imagine pas ce que je ferais... Enfin il faut espérer...
Saint Amand est venu aujourd'hui, très inquiet. Il a passé la soirée hier avec Détaille (le peintre) qui croit vaguement avoir vu un atelier refusé. Il s'occupe de moi, de notre fête. Enfin sa manie est bien innocente et peut devenir un vrai bienfait. Voici dans le "Sport" la description du bal de Dalmas.
Saint Amand averti par un mot de moi de l'heureux (?) sort du tableau accourt vers une heure.
Juste après Julian qui a eu la gentillesse de venir me dire que Lefèbvre croit se souvenir que le tableau est reçu. Dans tous les cas il sera repéché mais Julian ne croit pas qu'il y ait lieu.- "Vous devez être dans de l'huile bouillante" me dit-il.
Vous savez que cette année l'Etat ne se mêle de rien, ce sont les artistes eux-mêmes et pour réussir contre les abus des admissions on est atrocement sévère.
Julian dit qu'on a repéché des dames qui exposent depuis dix ans et que deux membres du Jury ont vu leurs toiles refusées -puis acceptées naturellement, mais cela a fait scandale ! Enfin s'il n'a pas passé ce satané tableau on remuera ciel et terre, il sera repêché. Que je sois tranquille, demain je saurai tout.. Ce qui m'attend de pire c'est une remise à la révision définitive, mais pas de catastrophe enfin.
Je continue ma tête à l'atelier où je dis que je suis reçue d'un air de blague qui arrange tout.