Mercredi 20 octobre 1880
La petite Juvisy est venue me voir jouer de la guitare, elle va prendre des leçons.Tout en jouant je me mis à fredonner et elle resta ébahie de la douceur de ma voix... il ne m'en reste que la douceur. Mais elle est d'autant plus remarquable qu'en parlant j'ai la voix [Mot noirci: grave] et forte, à moins que je ne tache d'être gentille alors je parle un peu comme je chante.
Il se passe dans la politique bonapartiste une bien jolie chose.
Quelques centaines d'hommes se sont réunis au Cirque Fernando, se sont donnés des coups de poings, et ont décidé que douze délégués iraient demander à Plon-Plon de se soumettre ou se démettre en faveur de Victor.
Cassagnac et Amigues ont honteusement annoncé qu'ils étaient absolument étrangers à la réunion après laquelle ils ont célébré dans leurs journaux "le grand acte du peuple de Paris" etc.
Lisez l'article de Cassagnac dans l'Album, 20 octobre 1880, avec la note de mon écriture, [manque]
C'est tout à fait comique. Vous voyez que je suis juste et que malgré mon faible pour Cassagnac je trouve sa politique inepte et ridicule. Si Plon-Plon meure et si Victor se laisse fléchir par le grand idiot d'impérialiste malgré tout de Cassagnac, eh bien il aura peut-être quelques beaux jours encore... Mais c'est bien chanceux et puis le Prince n'a que cinqante-huit ans.
Je crois parfois que ce grand Cassagnac ne sera pas ma grande passion, il s'est tellement amoindri que je suis humiliée en lui et pour que j'adore il faut qu'on se maintienne toujours ou bien qu'on tombe en grand homme, l'infortune d'un illustre est glorieuse mais ce ratatinage à la Cassagnac... non... pourtant il m'a occupée si longtemps que je suis bien forcée de lui accorder la place qu'il a prise... Enfin on verra. J'ai rêvé qu'il montrait mes lettres et que sa femme était si maigre et si laide.